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Ce que les enfants racontent à leurs parents quand ils dorment

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Par Mélina Hoffmann – bscnews.fr/ « C’était en octobre 94. Un jeune homme et une jeune fille venaient de commettre l’irréparable. Trois policiers et un chauffeur de taxi sont tués dans la fusillade. Après un braquage qui dérape. Après une cavale qui finit mal. Après la peur et les cris. Quand la nuit remonte à la gorge. La jeune nuit sans étoile. La nuit de toutes les nuits. Sans promesse d’aurore. Passées à rêver. A imaginer. A s’inventer des matins neufs qui ne viendront pas. A pleurer. » Ludovic Longelin.

Un vendredi soir presque comme un autre, à la Folie Théâtre. La voix qui s’élève dans la pénombre de cette toute petite salle nous invite au silence le plus parfait. Elle ne se taira qu’une heure plus tard, au terme d’une longue confession. Un monologue ,torturé et éprouvant, livré par une comédienne bouleversante. « Au commencement je n’ai tué personne. » nous répète-t-elle. Mais les débuts sont parfois trompeurs. Il a suffit d’un soir d’octobre pour que tout bascule. Un braquage qui tourne mal. Des coups de feu meurtriers. Un soir d’octobre où elle n’avait que 19 ans, Simon 22. Lui s’est arrêté là. Pour Jeanne, le pire reste à venir, ou plutôt à écrire. Le sentiment de révolte qui s’empare alors de la jeune femme contre ce monde qui lui a pris l’homme qu’elle aimait passionnément la poussera à commettre l’irréparable. C’est son histoire que Jeanne Toussaint – incarnée par Céline Pitault – nous raconte quelques années plus tard, depuis l’endroit où elle vit cachée. Une jeune femme simplement vêtue d’un jean et d’un t-shirt, qui nous regarde, nous parle, nous interroge, nous supplie peut-être, se met à nu. Une jeune femme fragile et éteinte, abandonnée par la vie, par la raison, déjà, qui nous transporte parfois dans son enfance pour nous aider à mieux la connaître, la comprendre peut-être. Sur scène, pas de décor, peu de mouvements, peu de lumière. Dans une ambiance des plus intimistes, seulement la voix de Céline Pitault qui nous livre une interprétation magistrale du texte poétique mais ô combien tortueux de Ludovic Longelin. Car c’est bien là que la pièce prend tout son sens : dans la capacité de la comédienne à donner vie aux mots par sa diction, son souffle, ses changements de rythme ou encore de ton. Un exercice périlleux pour un texte à la construction singulière, très métaphorique, brutal, parfois cru. Malgré la performance bluffante de la belle Céline Pitault que l’on ne quitte pas des yeux un seul instant, il est bon de noter que cette pièce ne s’adresse pas à tous les publics. L’histoire – tirée d’un fait divers – est très sombre et l’atmosphère pesante. La mort, la violence, la tristesse sont omniprésents. Pas une once d’espoir à l’horizon. Mais c’est surtout la compréhension qui se révèle parfois délicate, le texte étant rendu difficilement accessible par une accumulation d’effets de style qui nous sèment de temps à autre, quand ils ne nous laissent pas dans le flou total face à certains passages. Aussi, mieux vaut aimer les mots et ne pas avoir peur de se torturer un peu l’esprit pour ne pas se sentir trop frustré. On en ressort séduit ou perplexe, mais en tout cas troublé, vous voilà prévenus ! Une pièce qui vaut néanmoins le détour, ne serait-ce que pour applaudir la performance de Céline Pitault. Pour un public averti.

Ce que les enfants racontent à leurs parents quand ils dorment
De Ludovic Longelin
Mis en scène par Aïcha G’ssir
Avec Céline Pitault

A la Folie Théâtre
Du 1er mars au 1er juin 2013, les vendredis et samedis à 19h30.

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