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Frédéric Dabi : « Aux européennes, le vote des Gilets Jaunes est clairement passé au RN »

Pour la première fois, depuis le début du quinquennat d’Emmanuel Macron, les Français ont été appelés aux urnes pour élire leurs eurodéputés. Six mois après le début de la crise des Gilets Jaunes, ce vote a donné une nouvelle image du panorama politique du pays. Frédéric Dabi – directeur général adjoint de l’Ifop – a donné à Putsch quelques clés de lecture du sondage réalisé par son institut le jour du vote.

propos recueillis par

Où est passé le vote des Gilets Jaunes ?

Aux européennes, le vote des Gilets Jaunes est clairement passé au Rassemblement National. Dans notre sondage, réalisé le jour du vote, en interrogeant les Français, parmi ceux qui se situaient proches des Gilets Jaunes, 43% ont répondu avoir voté la liste guidée par Jordan Bardella. Seulement 12% s’est orienté vers La France Insoumise.

Et la participation est-elle un réflexe de la contestation des Gilets Jaunes ?

Oui, mais ce n’est pas que ça. C’était le premier scrutin intermédiaire du quinquennat. Les Français voulaient participer pour soutenir ou, au contraire, sanctionner, Emmanuel Macron. Il y a eu donc une espèce de double débouché : du Grand Débat et des manifestations des Gilets Jaunes.

« Seulement une minorité de Français, moins de 30%,  a voté pour la tête de liste »

Malgré tout, les résultats des urnes ont réservé des surprises…

On avait bien vu la poussée d’Europe Écologie Les Verts. L’effondrement des Républicains, nous ne l’avions pas vu mais nous avions noté la difficulté de François-Xavier Bellamy de rassembler l’électorat de François Fillon. Il a eu une vraie difficulté à proposer une offre cohérente qui séduise toutes les familles de la droite.

Combien d’électeurs de droite sont partis vers La République en Marche ?

Toujours dans le sondage réalisé le jour du vote, on voit que sur 100 électeurs de François Fillon, vingt sept ont choisi le parti présidentiel et quinze le Rassemblement National. On a constaté une prise en étau. L’électorat de droite a été siphonné et a été victime d’un double vote utile entre ceux qui voulaient bloquer le RN, en votant pour Renaissance. Au contraire, ceux qui souhaitaient exprimer leur hostilité à Emmanuel Macron ont voté pour la liste de Marine Le Pen.

Du côté gauche de l’échiquier politique, que s’est-il passé ?

Clairement Europe Écologie Les Verts a été le parti attrape-tout. Il a obtenu 20% de l’électorat d’Emmanuel Macron, presque 20% de l’électorat de Jean-Luc Mélenchon et presque un tiers de celui de Benoît Hamon. C’est un parti qui est toujours à l’aise dans les élections européennes qui a réussi à être le plus petit dénominateur commun d’une gauche divisée.

« Le premier parti reste quand même celui des abstentionnistes »

Vos sondages ont-ils donné des éléments d’évaluation des têtes de liste?

Oui. Parmi les critères de vote, on a vu que la tête de liste était très peu présente. Seulement une minorité de Français, moins de 30%, a voté pour la tête de liste. A titre de comparaison, aux Présidentielles, ce chiffre se situait à 70%. Le trois quart des électeurs a considéré les projets portés par les candidats.

Donc  pourrait-on dire que les électeurs se sont intéressés plutôt aux propositions des différentes listes?

Oui, clairement. Nous avons vu monter l’intérêt pour cette élection. Nous avons mesuré onze points de plus par rapport aux européennes de 2014.

Dans le complexe, la photographie du vote que vous avez prise, représente-t-elle un bon signe pour la démocratie ?

Oui, mais malgré tout, le premier parti reste quand même celui des abstentionnistes. On peut toujours faire mieux et ne pas rentrer dans une logique de « vanité d’humeur » qui porte à se demander : à quoi bon voter pour les élections européennes ?

 

 


Spécial élections européennes 2019 :

*  François Asselineau  (UPR): « L’UPR a diagnostiqué depuis 12 ans que l’UE est une dictature qui s’impose par l’ennui »
Christophe Chalençon (Évolution citoyenne) : « L’Europe fédérale voulue depuis 40 ans est une utopie »
Manon Aubry (LFI) : « L’UE ferme les yeux sur les paradis fiscaux européens »
*  Sylvie Guillaume (PS-Place Publique) : « Les mouvements populistes et nationalistes se sont développés à cause de l’absence de réponses de l’UE »
*  Jean-Pierre Mercier (LO) : « Quand les politiques parlent de peuple, c’est pour masquer les inégalités sociales »
*  Bernard Guetta (LREM) : « Le grand objectif pour l’UE, c’est la stabilisation des relations avec la Russie et la rive sud de la Méditerranée »
*  Jordan Bardella (RN) : « Les peuples ne sont heureux que lorsqu’ils sont libres »

 


(photo à la une : Frédéric Dabi, © Ifop)

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