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L’Opéra de Quat’sous : une entraînante guerre des gangs

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Par Florence Yeremian – Jonathan Peachum est le roi des mendiants. Crapule sordide et sans scrupule, il n’hésite pas à jeter tous les estropiés de Londres sur le pavé pour leur soutirer leur aumône. Lorsque sa fille Polly, s’amourache de Mack, le chef du gang des voleurs, les choses s’enveniment. Papa Peachum n’entend pas livrer sa progéniture à un criminel et il envoie la police aux trousses de Mack le Surineur pour le faire pendre…

Afin de redonner vie à ce célèbre opéra de Brecht, le metteur en scène Joan Mompart a opté pour un ingénieux plateau tournant couronné d’un orchestre. Tour à tour maison de passe, chambre de noces ou commissariat de police, ce manège musical domine toute la scène et l’anime durant près de deux heures.
Malgré un prologue théâtral qui traîne en longueur, ce nouveau music-hall a beaucoup de qualités. Certes, il faut attendre une petite demi-heure pour que la sauce prenne mais une fois les langues déliées et la mélodie lancée, le spectacle en vaut la peine.
Au milieu des voyous et des miséreux se distinguent essentiellement trois poupées chantantes: il y a tout d’abord Charlotte Filou que nous avions découverte la saison dernière dans Les Fiancés de Loches. Avec son air mutin et sa cuisse ronde, cette « beauté de Soho » possède une envoutante puissance vocale. Parée de sa veste en cuir et de sa voilette de jeune mariée, elle se projette entièrement dans le rôle de Polly Peachum en lui conférant la gouaille d’une véritable fille à gangster.
Dans un registre plus voluptueux apparaît ensuite Jenny, la belle de nuit. Interprétée avec beaucoup de force et de sensualité par Carine Barbey, cette Vamp blanche aux lèvres écarlates est une catin mélancolique amoureuse de Mackie mais prête à le trahir contre monnaie sonnante…
Vient enfin Lucy, la fille du commissaire. La jambe boiteuse et la robe sombre, elle se profile sous les traits fins de Lucie Rausis. Plus classique que ses consœurs, cette élégante artiste nous livre, entre autres, un beau duo de tourterelles sauvages en compagnie de Charlotte Filou.

Autour de ces dames et demoiselles s’éparpillent une foule de racailles, d’éclopés et de prostitués tout droit sortis de l’œuvre de Brecht. Au milieu de ces marginaux se distingue également un commissaire des plus corrompus (Jean-Philippe Meyer) ainsi que Mack The Knife, le héros de l’histoire. C’est à François Nadin que revient le rôle de ce surineur: l’oeil grivois et la barbiche aguichante, ce Mackie des bas-fonds chante bien mais il nous fait d’avantage songer à un Gentleman cambrioleur qu’à un crapuleux bandit. Vient enfin Philippe Tlokinski qui malgré ses seconds rôles ne passe pas inaperçu: policier corrompu ou travesti en porte-jarretelles, ce jeune comédien parvient à séduire son public en étant aussi burlesque que sexy!
Dans cette adaptation de l’Opera de Quat’sous, c’est avant tout l’énergie et l’osmose des comédiens qui fait plaisir à voir. Conçue dans l’esprit « cabaret » de l’entre deux guerres, ce music hall déborde de chansons d’amour et de complaintes jazzy qui ressuscitent les partitions de Kurt Weill tout en lui conférant une touche frivole « à la française ».
Ecrite par Bertolt Brecht en 1928 pour s’opposer aux petits bourgeois et à la corruption du régime de Weimar, il est amusant de constater que cette oeuvre des années 30 a su pleinement conserver son message politique et sa critique du capitalisme : à l’heure des Panama Papers, on se demande toujours s’il est plus moral de créer une banque ou de l’attaquer.

L’opéra de Quat’sous
Texte de Bertolt Brecht, Musique de Kurt Weill
Mise en scène de Joan Mompart et direction musicale de Christopher Sturzenegger
Avec Carine Barbey, Charlotte Filou, Brigitte Rosset, Jean-Philippe Meyer, François Nadin, Thierry Romanens, Philippe Tlokinski, Lucie Rausis et un orchestre de 10 musiciens
Durée : 2h

Théâtre 71 – Scène nationale de Malakoff :
3 place du 11 novembre – 92240 Malakoff

Le reste de la tournée des Quat’sous se déroulera à Besançon et à Corbeil Essonne en France et à Vevey, Fribourg et Monthey en Suisse.

Jusqu’au 14 avril 2016
Réservations: 0155489100
www.theatre71.com

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