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L’illustre comédien tapissier : une fantaisie burlesque de Luc Miglietta sur la genèse d’un génie dramatique

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Par Julie Cadilhac – bscnews.fr/ Si l’on connaît bien l’œuvre du dramaturge et la vie du chef de troupe et comédien Molière, on en sait moins sur « celui qui le précéda », le jeune Jean-Baptiste Poquelin. Issu d’une famille de riches tapissiers et destiné à reprendre le commerce de son père, l’intéressé boudera très vite ce métier du commerce et se consacrera au théâtre dès 21 ans après sa rencontre avec Madeleine Béjart et son frère, avec lesquels il fondera  » L’Illustre Théâtre » qui fera faillite par manque de public….un échec qui l’obligera à débuter une longue période de tournée en province et à écrire ses premières farces et comédies qui le mèneront au succès -de son vivant et posthume- que l’on connaît.

Luc Miglietta et Philippe Van Der Bergh ont imaginé le récit théâtralisé de la genèse de ce génie des planches avec une dose délicieuse de burlesque et d’espiéglerie. Côté texte d’abord, la langue jongle avec une narration aux mots soignés et élégants pris en charge par le désopilant Philippe Van den Bergh (contrebalançant avec son sérieux de façade les déséquilibres réguliers provoqués par le reste de la troupe) et les dérapages langagiers fréquents des trois clowns qui prennent possession des rôles successifs nécessaires à la compréhension de l’intrigue. On croise ainsi le grand-père bonhomme de Jean-Baptiste, son père, le riche commerçant frileux, ses compagnons d’école, la famille Béjart dont la vampirisante Madeleine, cocassement interprétée par un Luc Miglietta tordant en perruque blonde. Quant à Jean-Baptiste, au centre de toutes les actions et de toutes les préoccupations, il n’est jamais incarné physiquement et la plupart des trouvailles originales de cette mise en scène naissent de ce postulat: comment rendre Jean-Baptiste omniprésent sans ne jamais le montrer?
Rien n’est sérieux, tout est sérieux. Voilà la clé de la drôlerie de cette fantaisie théâtrale. Avec un décor de bric et de broc et un accompagnement sonore constitué d’un synthétiseur manipulé par un musicien de pacotille en perruque Louis XIV, cette bande de joyeux lurons nous invite à imaginer ce qu’a pu être l’enfance et l’adolescence de Molière; ils transgressent pour cela toutes les règles de vraisemblance, enchaînent les pitreries et dérapent en continu. Et l’on rit assurément de bon coeur! La Madeleine Béjart vaut presque à elle seule le déplacement! On dira même plus : Luc Miglietta vaut à lui seul le déplacement…et c’est le seul bémol que l’on évoquera. Non pas que les autres histrions qui l’accompagnent manquent de talent mais Luc Miglietta est intrinsèquement possédé par une fureur de clownerie épatante. Les autres « clowns » sont un peu pâlots à ses côtés, d’autant plus que Juliette Peytavin, notamment, tarde à  » entrer » dans son rôle. L’ouverture de la pièce, enfin, gagnera à prendre des heures de route et à s’accélérer un peu…

L’Illustre comédien tapissier? Une élucubration théâtro-clownesque à ne pas manquer cependant si elle vient plaisanter du côté de chez vous!

Mise en scène et adaptation : Luc Miglietta et Philippe Van den Bergh
Distribution : Luc Miglietta, Estelle Sabatier, Emmanuel Valeur, Philippe Van den Bergh, Juliette Peytavin
Producteur : Compagnie Bruitquicourt
Avec le soutien du Conseil Régional du Languedoc-Roussillon, le Conseil Général de l’Hérault, Réseau en Scène Languedoc-Roussillon, Le Théâtre Jacques Coeur et la Mairie de Montpellier

Dates de représentation:

– Du mardi 24 février au vendredi 27 février 2015 au Théâtre Jacques Coeur ( Lattes, 34) – Création

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