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Voltaire-Rousseau: une joute philosophique toujours dans l’air du temps

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Par Florence Gopikian Yérémian – bscnews.fr/ Tout commence avec un pamphlet anonyme dénonçant Rousseau d’avoir abandonné ses cinq enfants à l’hôpital public. Blessé dans sa chair, l’accusé soupçonne Voltaire d’en être l’auteur. Afin d’en avoir le cœur net, il décide de se rendre chez son confrère exilé en Suisse dans sa somptueuse « cabane » de Ferney. En véritable promeneur solitaire, Rousseau débarque sans prévenir avec, en guise de présent, un épineux bouquet de chardons ramassés au gré du chemin.

Le face à face est succulent dès la première minute: d’un côté se tient Rousseau grossièrement affublé d’une besace en cuir et d’un lourd manteau à l’arménienne; de l’autre parade Monsieur de Voltaire, paré d’un costume raffiné et d’une écharpe de soie jaune. La scène est pleine de sous-entendus et délicieusement caricaturale: on y reconnait le penseur tourmenté tenant tête au philosophe caustique mais aussi le misanthrope meurtri dédaignant le mondain. Bien que tout semble opposer ces deux penseurs visionnaires, leurs grands esprits se valent et se complètent.
C’est justement avec spiritualité et élégance que leur querelle se met en route. Dans une langue superbe, propre au XVIIIe siècle, chacun expose avec vivacité son avis sur Dieu, l’éducation ou la liberté. A travers cette féroce confrontation scénique, les débats s’enflamment, se précipitent et font de la haute voltige pour le plus grand plaisir des spectateurs! Il faut dire que ce duel philosophique est mené par des acteurs complices et passionnés qui s’en donnent à cœur joie. La pièce n’est pas née de la dernière pluie : elle a déjà été jouée vingt ans auparavant durant cinq saisons parisiennes! En s’accaparant le rôle de Rousseau, Jean-Luc Moreau s’amuse à faire ressortir son caractère d’ours en raillant gentiment l’attrait du philosophe pour le mythe du bon sauvage. La voix grave et le regard tourmenté, il nous livre un être désillusionné, suspicieux envers ses semblables et débordant de contradictions. Pour tenir tête à cet obscur atrabilaire, Jean-Paul Farré compose, quant à lui, un Voltaire à la fois cynique et facétieux. L’œil narquois et le sourcil fourbe, il a l’ironie mordante, la répartie prompte et se raille avec délectation de son primitif confrère.
Malgré l’aura de ces figures historiques, les deux comédiens parviennent à nous faire rire avec philosophie et à leur insuffler une grande humanité. En découvrant leurs failles et leurs fragilités, ces génies des Lumières gagnent en véracité et semblent pernicieusement s’immiscer dans notre siècle. Leurs propos sont d’ailleurs totalement d’actualité si l’on souhaite réfléchir aux bienfaits et aux méfaits de la religion ou de la civilisation.
Voltaire-Rousseau? Une pièce brillante rendant un bel hommage à deux philosophes qui continueront sempiternellement de se disputer à travers les siècles. Comment pourrait-il en être autrement ? La tombe de Voltaire fait face à celle de Rousseau sous la coupole du Panthéon… On croirait d’ailleurs les entendre parler! La magie du théâtre sans doute…

Voltaire Rousseau
De Jean-François Prévand
Mise en scène Jean-Luc Moreau et Jean-François Prévand
Avec Jean-Luc Moreau et Jean-Paul Farré

Théâtre de Poche Montparnasse
75, boulevard du Montparnasse – Paris 6e

Jusqu’au 6 juillet 2014
Du mardi au samedi à 19h
Le dimanche à 17h30
Réservations : 0145445021

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