Marilyn intime ? Une performance «too frenchy » pour la voluptueuse Monroe

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Par Florence Gopikian Yérémian – bscnews.fr/ C’est un monologue à la première personne qu’a choisi d’écrire et interpréter Claire Borotra. Le risque est grand pour la comédienne qui s’est déjà largement fait connaître au cinéma ou dans des téléfilms tels que L’enfant du secret ou Le bleu de l’océan. Séduite par la face sombre et intime de Marilyn Monroe, elle a souhaité lui rendre hommage sur les planches à travers un texte où elle s’identifie à Norma Jeane Baker.

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La pièce prend place dans un beau décor rose bonbon aux lumières douces. Au fil de lettres imaginaires que Marilyn écrit à sa mère, on découvre les épisodes successifs de sa vie: mariée à 16 ans, elle débute à la Fox, divorce, épouse Arthur Miller, fait une fausse couche, obtient la gloire hollywoodienne, butine une foule d’amants, rencontre Yves Montand puis plonge progressivement dans la déprime jusqu’à sa chute finale qui demeure encore un mystère.
De ses petits rôles de blonde sexy à son overdose de barbituriques, Claire Borotra tente de nous brosser un portrait plus psychologique que l’image glamour traditionnellement associée à Miss Monroe. L’approche est intéressante mais la langue et l’interprétation manquent de profondeur. Le texte est fait de questionnements et de remises en questions mais il passe à côté de l’essentiel. Son écriture est trop simple, superficielle, répétitive; elle ne cherche pas à sonder les arcanes et l’inconscient de Marilyn et demeure hélas en surface en se contentant de reléguer le mal-être de la star à l’absence d’une mère, cloitrée pour schizophrénie. Certes, ce manque d’amour et de soutien maternel est l’une des causes évidentes de la fragilité de Norma Jeane, mais la pièce nous le rabâche en boucle sans développer le reste: on ne sent pas la solitude de l’actrice, ses caprices de vedette, ses joies amoureuses ni même sa folie!
Outre le texte, l’interprétation manque également de force et surtout de nuances. Claire Borotra passe du rire hystérique au désespoir le plus sombre sans aucun decrescendo. Que sa Marilyn soit vêtue d’une aguichante nuisette de soie ou perchée sur des talons qui galbent sublimement sa cuisse, son attitude manque totalement de volupté! Claire Borotra est pourtant une très belle femme, mais son anatomie s’apparente d’avantage à celle d’une vestale antique qu’à la charnelle corpulence d’une bombe sexuelle. Impossible de percevoir le glamour, la sensualité ou la désinvolture propre à Marilyn; tout est trop pudique dans sa gestuelle, trop contrôlé, y compris dans les phases d’amour passionnel ou d’égarement. Il ne suffit pas d’être sensible à Marilyn pour pouvoir la mettre en scène, il faut savoir pleinement investir l’âme de cette icône afin que le public finisse par confondre le double scénique et l’original. Les seuls moments où les spectateurs captent ce transfert d’identité sont ceux où Claire Borotra incarne une Marilyn prostrée à deux pas du gouffre. Durant ces rares instants de grâce, la comédienne se met enfin à nu: elle ne récite plus, elle ne parade plus, sa voix de petite fille se mue, elle devient grave pour se confier et quelque chose d’authentique ressort de son jeu théâtral. Le talent est donc bien présent chez Claire Borotra mais elle doit le faire valoir dans un autre registre: celui d’une américaine névrosée et libidineuse ne convient absolument pas à sa contenance et à sa sophistication « too frenchy ».
Marilyn, intime? On salue la performance mais on n’y adhère pas…

Marilyn, intime
Texte et interprétation : Claire Borotra
Mise en scène: Sally Micaleff
Adaptation théâtrale: Didier Goupil

Théâtre du Rond Point – Salle Jean Tardiez
2 bis, avenue Franklin D.Roosevelt – Paris 8e

Jusqu’au 5 juillet 2014 à 18h30
Réservations: 0144959821
www.theatredurondpoint.fr

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