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Un plaidoyer sur l’égalité des sexes qui penche un peu trop du côté de Venus

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Par Florence Gopikian Yeremian – bscnews.fr/ Imaginez une bande de laborantines déjantées en train d’extraire un couple d’acteurs d’un film des années 20 pour se livrer à une expérience sur l’égalité des sexes: deux comédiens-cobayes sont donc propulsés au XXIe siècle dans un laboratoire équipé de toutes sortes d’écrans et de télécommandes. Par le biais d’images projetées, on leur demande d’exécuter huit scénarios successifs en lisant à voix haute des textes mis à leur disposition. À travers huit fictions, ce tandem mixte va progressivement passer en revue plusieurs thèmes liés aux différences entre l’homme et la femme. Avec professionnalisme et conviction, Elle et Lui vont ainsi évoquer la maternité, la femme fatale, la beauté, la mère idéale…

L’idée de départ est excellente mais au lieu de s’interroger de façon généraliste sur les aptitudes et les inclinations des deux sexes, la pièce d’Aline César s’acharne sur une défense ostentatoire du féminisme : « les femmes doivent apprendre à se suffire à elles mêmes, elles n’ont pas a se plier au diktat esthétique exigé par notre société, elles doivent être d’égale à égal avec leurs époux… »
Tout cela est vrai mais une approche moins revendicatrice serait plus efficace pour faire passer le même message. Il y a un côté castrateur dans ce plaidoyer qui réitère les clichés ancestraux sur le mâle dominateur et la femelle soumise.
Il serait à la fois plus simple et plus astucieux de se demander ce qui définit l’essence même du féminin et du masculin. Qu’est-ce qui prédispose chacun à des comportements différenciés ? Est-ce lié à une complémentarité dans le couple ? A des aptitudes naturelles? Y a t-il d’ailleurs une essence si différente entre les deux sexes au-delà des aspects biologiques et anatomiques?
Outre la mauvaise direction prise par ce questionnement, la mise en scène de cette pièce est également trop dispersée. Elle nous asperge d’une foule de messages qui fusent dans tous les sens et brouillent les pistes: les comédiens citent Marivaux ou reprennent les dialogues de Bridget Jones sans que l’on puisse deviner ces petits clins d’œil. Ils parlent en même temps, lisent sous leur nez et passent étrangement de leurs rôles d’acteurs à celui d’êtres enfermés dans une réalité qu’ils ne captent pas. Cette approche chaotique est dommage car les interprètes sont très bons: de ses lèvres finement dessinées Catherine Rétoré (Elle) déclame élégamment ses arguments. Le regard clair et les pommettes saillantes, elle apporte une sincérité et une douce assurance à toutes ces revendications féministes. À ses côtés, Malik Faraoun (Lui) semble relégué à un rôle auxiliaire, comme si son personnage n’était là que pour servir de « faire valoir » aux facultés de ces dames. On a l’impression qu’il ne prend pas la défense de son sexe mais qu’il clame haut et fort les mêmes slogans que sa partenaire. Avec sa peau mate et son élégance orientale, il aurait parfaitement pu jouer le contre-poids dans cette histoire insolite d’Adam et Ève.
Les intentions de l’auteur demeurent, en fin de compte, difficiles à capter: lorsque l’on parle d’égalité, on ne peut exhiber Venus sans dénuder Mars, non ? Une pièce troublante aux allures de partition inachevée…

Trouble dans la représentation
Concept et mise en scène : Aline César
Avec Catherine Rétoré (Elle) et Malik Faraoun (Lui)

Au Théâtre Le Lucernaire ( 53, rue Notre-Dame des champs – Paris 6e / M° N-D des champs, Vavin, St. Placide et Edgar Quinet)

Jusqu’au 1er mars 2014 / Du mardi au samedi 21h / Réservations: 0145445734

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