Cinémed : le palmarès de la 39ème édition du festival du cinéma de Montpellier

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Par Romain Rougé – La 39ème édition festival du cinéma méditerranéen de Montpellier s’est achevée avec l’annonce du palmarès, très représentatif d’une certaine notion de liberté acquise par la persévérance, la résistance et l’ouverture à l’autre.

C’est un Cinémed de haute volée qui s’est achevé le samedi 28 octobre dernier. Et la cérémonie de clôture a largement rendu hommage à la qualité des œuvres présentées en compétition cette année. Si la culture méditerranéenne occupe pour une large partie la programmation, cette édition aura également mis l’accent sur la liberté, la persévérance et l’encouragement à poursuivre ses rêves. Dans un monde où tout va très vite, où l’on ne prend plus le temps d’approfondir les choses et dans lequel les frontières ont tendance à se fermer, le festival et sa programmation sont de véritables bouffées d’oxygènes. Une particularité, aussi, d’encourager les auteurs qui ont quelque chose à dire et à les soutenir. Dans la compétition des longs métrages par exemple, six des neufs œuvres présentées étaient des premiers films. La culture n’est donc pas atone quand elle est le fruit de personnes passionnées, de publics et d’auteurs qui partagent un festival ensemble.

Le palmarès donc, reflète aisément la tenue de la 39ème édition du Cinémed. Le prix du public a été décerné au film géorgien Dede de Mariam Khatchvani, l’un des coups de cœur du BSC News (lire la critique ici), sur l’émancipation par une jeune femme du carcan des traditions. Quand on parle de persévérance et de soutien, la réalisatrice géorgienne avait reçu une bourse d’aide au développement au Cinémed en 2014. Et de l’aveu de Mariam Khatchvani, le tournage n’a pas été une sinécure, mais le film est bien l’aboutissement d’un rêve. Le réalisateur italien Dario Albertini en a réalisé, lui, plusieurs dans la même soirée. Son très beau film Manuel (lire la critique ici) ressort grand vainqueur de la compétition officielle longs métrages en raflant l’Antigone d’or du meilleur film, le prix de la critique et le prix Nova. Manuel trace l’histoire d’un jeune orphelin forcé de suivre le chemin d’une vie d’adulte. Fier et emporté sur scène, Dario Albertini invite « tous les enfants dans le monde qui rencontrent des obstacles » à « poursuivre leurs rêves ». Et d’ajouter fièrement : « Rien n’est impossible ! » Le jury a également donné une mention spéciale au non moins réussi Les Bienheureux de Sofia Djama sur l’Algérie d’hier et d’aujourd’hui.

Côté courts métrages, la résistance et l’esprit de liberté ont aussi payé. Le très beau Vilaine Fille d’Ayce Kartal remporte le grand prix. Un court animé qui a nécessité presque deux ans de travail et pas moins de 15 000 dessins pour 8 minutes de film. Un très belle œuvre qui fait écho à l’actualité en dénonçant la violence faites aux femmes via l’imaginaire d’une petite fille turque de 8 ans. Le prix du public a récompensé, lui, un court métrage français, MAD de Sophie Tavert. D’une impressionnante maitrise visuelle et narrative, le film suit Madeleine, journaliste de guerre en reportage dans une zone de conflit armé. En période de défiance aux médias, c’est un bel hommage au travail des grands reporters et à la liberté de la presse, qui plus est, rendu par le public lui-même.
Chez les documentaires, le prix Ulysse a été décerné à Off Frame ou la Révolution jusqu’à la victoire de Mohanad Yaqubi. Sept ans de travail ont été nécessaires pour cette plongée historique dans la construction identitaire palestinienne moderne, à travers des images d’archives rares glanées aux quatre coins du monde.
On l’aura compris, la liberté acquise par la persévérance, la résistance et l’ouverture à l’autre ont été au cœur du 39ème Cinémed et auront forgé son palmarès. Mais le festival a prouvé une fois encore que la méditerranée a beaucoup à dire. Pour reprendre les mots de la présidente du jury Aure Atika : « La méditerranée (…), ce n’est pas seulement la vie qui déborde, les rives et les larmes, l’huile d’olive et le vin, le soleil entêté et la mer apparemment calme, c’est aussi un endroit de résistance et du contemporain. »
Et le Cinémed peut s’arguer de transmettre cette envie de se sentir concerné par les autres, par ce qui se passe (de joyeux ou de malheureux) tout autour de la Grande Bleue. Braver les obstacles, s’acharner pour être libre et réaliser ses rêves. Comme Manuel et Dina du film Dede.

Le Palmarès du Cinemed de Montpellier
Antigone d’or : Manuel de Dario Albertini (Italie). Mention spéciale pour Les Bienheureux de Sofia Djama (France, Belgique, Qatar).
Prix de la critique : de Dario Albertini (Italie).
Prix du public : Dede de Mariam Khatchvani (Géorgie, Qatar, Irlande, Pays-Bas, Iralnde).
Prix Nova : de Dario Albertini (Italie).
Prix étudiant de la 1ère œuvre : Les Bienheureux de Sofia Djama (France, Belgique, Qatar).
Prix jeune public : Wajib d’Annemarie Jacib (Palestine).
Prix Jam de la meilleure musique : Habib Shehadeh Hanna pour Holy Air de Shady Srour (Israël).
Grand prix du court métrage : Vilaine Fille d’Ayce Kartal (France, Turquie). Mention spéciale ex-aequo pour Je suis un Juif d’Aharon Shem Tov et Niv Hachlili (Israël) et Retour à Genoa City de Benoît Grimalt (France).
Prix du public court métrage : Retour à Genoa City de Benoît Grimalt (France).
Prix jeune public court métrage : MAD de Sophie Tavert (France).
Prix Canal+ court métrage : Quinze de Sameh Morsy (Egypte).
Prix Ulysse du documentaire : Off Frame ou la Révolution jusqu’à la victoire de Mohanad Yaqubi (Palestine, France, Qatar, Liban). Mention spéciale pour House in the Fields de Tala Hadid (Maroc, Qatar).

( Crédit Photo R.R)

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