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Ariane Mnouchkine : une chambre en Inde pour rire de l’absurdité du monde

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Par Romain Rougé – C’est l’affiche qui a ouvert le Printemps des Comédiens 2017 à Montpellier. Ariane Mnouchkine et son Théâtre du Soleil proposent Une Chambre en Inde. Une comédie ambitieuse comme rempart à l’horreur du quotidien.

Une longue moustiquaire en lieu et place du rideau rouge laisse apparaître une chambre immense. Le mobilier et les bruitages tropicaux qui constituent le magistral décor ne trompent pas : bienvenue en Inde ! Cornélia (Hélène Cinque), assistante loufoque au sein d’une troupe en résidence de création, sort de son lit colonial dans lequel elle ne trouve plus le sommeil : son metteur en scène a pété un plomb, suite aux attentats de Paris. Cornélia, elle, lâche des prouts de peur : elle va devoir prendre les choses en main. Des incontinences révélatrices de ses doutes de ne pas arriver à trouver l’idée (comique), celle tirée des faits de société qui font tourner le monde, pas très rondement d’ailleurs.

Ariana Mnouchkine : Une chambre en Inde, un joyeux bordel d’idées sur des thèmes qui font mal au Printemps des Comédiens

Une question se pose alors : peut-on rire de tout ? Dans une interview accordée à France Inter, Ariane Mnouchkine le rappelait, dans Une Chambre en Inde, « on s’interroge sur le droit qu’on a de rire ». Et d’ajouter : « C’est un droit très important, sans forcément que cela soit un rire insultant. » Et effectivement, ici, rien ni personne n’est épargné : du fondamentalisme islamiste au réchauffement climatique en passant par l’oppression des femmes, le conflit syrien et la politique, tout court. Un joyeux bordel d’idées sur des thèmes qui font mal, représentés par le bazar des visions de Cornélia, autant de scènes foutraques, frénétiques et drolatiques. Le reflet du chaos du monde.

Une Chambre en Inde : un hommage au théâtre et à ses différentes formes

Autre questionnement, probablement le plus militant, est celui du théâtre et de ses formes. Les atermoiements de Cornélia nous plongent dans les eaux troubles dramatiques où sont noyées les idées (et les moyens) qui peinent à émerger sur les planches. On rend d’abord hommage au théâtre folklorique terukkuttu avec des extraits du Mahabharata et du Ramayana (poèmes épiques de la mythologie hindoue, ndlr). Puis aux dramaturges les plus célèbres : on croisera par exemple Shakespeare et Tchekhov. Car oui, Une Chambre en Inde est universel et polyglotte ! On y parle français, anglais, allemand, japonais… L’universalité s’entend autant qu’elle se vit avec l’agitation chorale des acteurs et des situations.

Effet entonnoir peut-être, on part de la scène culturelle, collective, pour s’attarder sur les doutes individuels initiés par un engagement, un changement de vie, une ou des actions. Alors oui, quand Cornélia doute, on se projette avec elle sur ces possibilités que nous avons mais que nous ne concrétisons pas forcément, par peur, là encore.

Le spectacle prend le temps de décliner son propos – 3h45, rappelons-le – mais force est de constater que s’il n’est pas exempt de quelques longueurs, une énergie et un éclectisme saisissants se dégagent de l’ensemble. Le rire prôné ici, omniprésent bien sûr, permet de s’ouvrir au monde. Le rideau tombe sur un monologue un peu trop moralisateur ou pas assez nuancé, mais Une Chambre en Inde reste un souk artistique qui interpelle ! Oui, le retour d’Ariane Mnouchkine au Printemps des Comédiens à Montpellier est bien moins absurde que le monde.

Une Chambre en Inde
Théâtre du Soleil
Direction : Ariane Mnouchkine
Musique : Jean-Jacques Lemêtre
En harmonie avec : Hélène Cixous
Participation exceptionnelle de : Kalaimamani Purisai Kannappa Sambandan Thambiran
Avec (par ordre d’entrée en scène) : Hélène Cinque, Duccio Bellugi-Vannuccini, Shaghayegh Beheshti, Dominique Jambert, Martial Jacques, Samir Abdul Jabbar Saed, Maurice Durozier, Sébastien Brottet-Michel, Judit Jancso, Sylvain Jailloux, Eve Doe Bruce, Nirupama Nityanandan, Agustin Letelier, Taher Baig, Wazhma Tota Khil, Vijayan Panikkaveettil, Farid Gul Ahmad, Andrea Marchant, Aref Bahunar, Omid Rawendah, Shariq Kohi, Sayed Ahmad, Hashimi, Ghulam Reza Rajabi, Seietsu Onochi, Man-Waï Fok, Seear Kohi, Alice Milléquant, Quentin Lashermes, Thérèse Spirli, Marie-Jasmine Cocito, Aziz Hamrah, Ya-Hui Liang et la voix de Vladimir Ant.

( Photo : Michèle Laurent )

Dernière représentation au Printemps des Comédiens :
Théâtre JC Carrière, le samedi 10 juin à 16 h.

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