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Le Petit Oiseau Blanc : du rêve à l’état pur !

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De Florence Yérémian – Rémi Prin est un metteur en scène à l’âme de poète. Inspiré par l’œuvre de J.M.Barrie, il a orchestré un magnifique spectacle autour de Peter Pan et de son créateur.
L’œuvre s’adresse aux jeunes autant qu’aux adultes car elle évoque l’enfance mais aussi le mal d’enfant. Peu de personnes savent en effet que James Barrie fut toute sa vie en quête d’un fils légitime. Créant cet être chimérique à travers son écriture, il lui donné le visage de plusieurs petits garçons de papier tel que Peter Pan, David ou Timothy. C’est ce rêve de paternité que nous conte « Le Petit Oiseau Blanc » en nous transportant dans un royaume où la réalité et l’imaginaire s’entremêlent durant plus de deux heures avec une grâce déconcertante.

L’histoire se déroule dans les années 1900 autour des Jardins de Kensington. C’est dans ce quartier cossu de Londres que réside l’étrange Capitaine W. Écrivain en mal de vivre, ce misanthrope mélancolique passe ses journées la plume à la main et ne sort de sa noble demeure que pour se promener avec un joyeux bataillon d’enfants. Parmi eux se trouve le jeune David que le Capitaine considère un peu comme son fils adoptif. Très attachés l’un à l’autre, ces deux protagonistes vont apprendre à grandir et à affronter la vie ensemble en traversant bien des songes et des aventures…

Afin de nous faire partager leur voyage initiatique, Rémi Prin a opté pour un très bel écrin scénique. Plaçant une immense cage à oiseaux au centre de son œuvre, il en fait, tour à tour, une geôle ou une machine à voyager dans le temps. Ponctuant son spectacle de chants d’oiseaux et de musique, il l’orne de magnifiques kakémonos paysagers qui se déploient méticuleusement pour donner naissance aux bouleaux et aux flamboyantes feuilles d’automne de Kensington. C’est précisément au cœur de ces précieux jardins qu’évolue le Capitaine W: double de J.M.Barrie, ce personnage possède l’allure et le mystère d’un Sherlock Holmes littéraire. Paré d’un chapeau melon et d’un manteau presque militaire, il est incarné par le très talentueux Thibault Truffert. La silhouette aristocratique et le visage austère, cet acteur possède une justesse et une pudeur de jeu qui nous font songer à Benedict Cumberbatch. Sa diction est également étonnante et fait de lui un narrateur dont la voix grave et pondérée parvient à traduire toute l’amertume de son protagoniste. Mi-écrivain, mi-Ange-gardien, cet énigmatique Capitaine W veille donc en permanence sur le petit David qui doit son prénom au frère de James Barrie mort tragiquement à l’âge de treize ans. C’est Nino Rocher qui prête ses traits angéliques à ce charmant diablotin. Jouant – un peu trop – la carte de la candeur, il apporte beaucoup de grâce et de fraicheur à cette féerie théâtrale. C’est cependant à Louise Legendre que revient la palme de l’interprétation : semblable à une nymphe joufflue au milieu des grives, cette très jeune actrice a un potentiel remarquable. Aussi ingénue que voluptueuse, elle parvient à ressusciter la figure de Peter Pan pour en faire un être androgyne qui trouve tout naturellement sa place au milieu des fées. Retirant au fil du texte sa chrysalide de draps blancs, cette petite tornade dionysiaque rythme avec un charme désarmant toute la seconde partie de la pièce.

La compagnie du Tambour des Limbes n’a donc rien a envier aux professionnels: les comédiens y sont aussi doués qu’inspirés, quant au metteur en scène, il déborde d’idées et maitrise autant l’esthétisation de son oeuvre que la direction de ses acteurs. Certes, la pièce est trop longue et elle devrait être réduite d’une bonne demi-heure pour gagner en légèreté. On peut aussi lui reprocher d’être décousue voire confuse notamment dans ses transitions entre le réel et l’imaginaire, ce qui plonge parfois le public dans des phases d’ennui ou d’interrogation. Il faut cependant avouer que cette relecture du mythe de Barrie possède une telle poésie qu’elle pourrait devenir un grand spectacle apte à séduire tous les publics: en lui rajoutant un soupçon d’effets visuels, quelques tours de magie, d’avantage de musique et une poignée supplémentaire d’enfants perdus, le tour serait joué!
Le Petit Oiseau Blanc? Que vous ayez ou pas le syndrome de Peter Pan, cette pièce ne peut que vous enchanter!

Le Petit Oiseau Blanc
D’après l’œuvre de J.M.Barrie
Mise en scène : Rémi Prin
Avec la Compagnie Le Tambour des Limbes: Thibault Truffert, Nino Rocher, Louise Legendre, Elise d’Hautefeuille, Tristan Lhomel, Louise Emma Morel, Laure Haulet, Pierre Boucher
Scénographie: Benjamin Gabrié
Costumes: Célia Bardoux, Manon Gesperrt
Chorégraphie: Marine Vincent
Musique : Thomas Cubat et Léo Grise
(2h20)

N’hésitez pas à visiter la page Facebook de cette compagnie fort prometteuse et de soutenir la production de leur spectacle qui vient d’obtenir le Prix Coup de Coeur du Festival de Théâtre amateur de Maisons-Laffitte.

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