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La cantatrice chauve: un tourbillon burlesque et revigorant !

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De Florence Yeremian – Deux couples, un capitaine pompier et une servante qui joue les pendules. Tels sont les personnages de la Cantatrice Chauve, prêts à vous entrainer dans leurs infernales jacasseries.
Entre une foule d’inepties sur la société, des dialogues ubuesques sur la routine quotidienne et des tirades déjantées à propos de la vie conjugale, vous allez très vite perdre pied mais c’est en partie ce que l’on cherche lorsque l’on vient voir une œuvre de Ionesco…

L’histoire de la Cantatrice ne se raconte pas, elle se déroule chaotiquement et se laisse savourer, picorer, voire malmener. Les dialogues y sont fous et les situations totalement absurdes ce qui les rend d’autant plus difficiles à interpréter car il faut savoir meubler les incohérences !
Les comédiens de la Compagnie Cybèle y parviennent avec autant d’aisance que de frénésie. Visages poudrés et lèvres noires, ils nous font songer à des pantins manipulés mais ce sont eux qui nous manoeuvrent. Parmi ces six histrions exaltés, il y a d’abord Laura Marin qui incarne Mme Smith avec une superbe suffisance. La voix hautaine et l’intonation puissante , elle répand son impétueux cynisme durant toute la durée du spectacle. À ses côtés Alexis Rocamora joue les époux guindés. Le sourcil interrogateur, la bouche pincée et le visage « moucheté », ce jeune acteur est également le metteur en scène de cette Cantatrice Chauve à laquelle il confère une nervosité expressionniste.

Face à ce couple qui ne cesse de se narguer apparaissent les Martins (Taos Sonzogni et Jean-Nicolas Gaitte). Bien moins aigris que leurs hôtes mais tout aussi toqués, M. et Mme Martin apportent une candide douceur à cette prestation loufoque et parviennent à tempérer les permanents désaccords des Smith. Sur la scène minimaliste déambule également le capitaine pompier auquel le sympathique Guillaume Benoît prête allegrement ses traits. Grands dadais introverti, il joue les timides tout en divertissant la galerie de ses anecdotes: celle concernant le rhume est particulièrement savoureuse lorsqu’il la déblatère à cent à l’heure!
Pour dominer tout ce petit monde de fiévreux hypocrites, arrive enfin la bonne (Nell Darmourni). Malicieuse observatrice de ces bourgeois oisifs, elle est, quant a elle, aussi vive qu’autoritaire. Parée d’une jupette rose et d’un tablier blanc, elle apporte à la pièce une touche lubrique et finit, à sa façon, par y mettre les pendules à l’heure…

Si vous ne connaissez pas vraiment Ionesco, ce spectacle va vous sembler étrange et quelque peu confus. Durant plus d’une heure, vous aurez en effet l’impression d’assister impuissant à des dialogues de fous. Ils sont cependant interprétés avec une telle application par l’énergique Compagnie Cybèle qu’ils vont préalablement vous griser avant de vous faire perdre la tête. À quand une autre pièce ?

La Cantatrice chauve comme vous ne l’avez jamais vue
Eugène Ionesco
Avec Laura Marin, Alexis Rocamora, Taos Sonzogni, Jean-Nicolas Gaitte, Nell Darmourni et Guillaume Benoît.
Musique : Gilles Diederichs

Reprise de la Cantatrice Chauve au Lucernaire jusqu’au 10 octobre 2016

Infos pratiques :

Théâtre du Lucernaire
53, rue Notre Dame Des Champs
Paris 6e

Jusqu’au 8 mai 2016
Du mardi au samedi à 18h30
Le dimanche à 16h
Réservations : 0145445734
www.lucernaire.fr

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