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Gueule de bois : une satire loin des poncifs du politiquement correct

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Par Nicolas Bodou – bscnews.fr/ « Depuis que la science et le capitalisme règlent nos vies, la notion de limite a disparu, et les âmes se sont perdues dans l’illusion de la technique, l’interdit est explosé par le marché. Fin de la Figure du Père, fin des limites structurantes qui nous construisent et nous constituent. On est seul, abandonné, personne pour nous dire non, perdu dans un désir sans fin d’enfant gâté, coupé du cadre symbolique. Un corps d’adulte vide qui ne supporte plus la frustration et ne peut compter sur personne d’autre que lui. Allez, je vous le dis, en vérité, la modernité a engendré deux types d’hommes : les conquérants brutaux sans foi ni loi et les souffrants. » Ainsi parlait Bertrand de la Bassefosse, critique d’art, érudit et dandy.»
Pierre est journaliste au magazine « Santé pour tous ». Il y végète depuis maintenant 15 ans, sans grande conviction et sans enthousiasme. Un soir, après une conférence de presse, il rejoint Ollier, son vieil ami et auteur à ses heures perdues.

Après quelques verres, ils sont rejoints par Fanfan, dépressif impénitent ainsi qu’un certain Bertrand de la Bassefosse, critique d’art au chômage, érudit et dandy. Les verres se suivent, la nuit s’allonge et emporte ces quatre magnifiques vers des pérégrinations éthyliques jusqu’à une soirée mondaine où ils font face à une galerie de personnages bien-commeil- faut, comme Axel Chanclair, PDG d’un grand groupe de télécommunication : « Grâce à lui des milliers de prolétaires au chômage pouvaient regarder les programmes TV en ligne et passer leur soirée à faire des patiences, et sans jeu de cartes(…) c’était l’idole des entrepreneurs, l’idole des politiques, l’idole des jeunes ! D’ailleurs, il avait l’air cool, quarante- sept ans, cheveux longs filandreux malgré sa calvitie entamée, bronzé, chemise ouverte, jean, baskets. Son grand truc, c’était la lutte antifasciste. Il était pour la liberté, bien sûr, des capitaux, des immigrés, de la drogue, des gangsters et du blasphème…. mais celle de donner son opinion sur Internet…bof, bof ! » L’histoire se poursuit dans les Vosges, loin de la civilisation, de la modernité et de ceux qui en jouissent. Une sorte de retour à la terre où Pierre trouvera peut-être le remède pour échapper à une société trop heureuse de s’autodétruire.

Olivier Maulin signe dans cette réjouissante beuverie une satire de notre société loin des poncifs du politiquement correct. Avec un humour corrosif, il dresse avec justesse le portrait de nouvelles « élites » qui font « rayonner la France ». Si vous pensez vivre une époque tragique, si le catéchisme du progrès vous donne la nausée, si vous avez quand même envie d’en rire, vous pourriez aimer le dernier livre d’Olivier Maulin. « Il faut dire que de progrès en progrès, l’humanité avait dégringolé à une vitesse vertigineuse, oubliant tout, reniant tout, se moquant de tout, brandissant son renoncement comme ultime espérance, persuadée de s’élever à mesure qu’elle sombrait dans l’abîme. On était bel et bien passé des hautes civilisations mégalithiques à … Jacques Attali souhaitant pour la grandeur de l’homme « l’acceptation du neuf comme bonne nouvelle, de la précarité comme valeur, de l’instabilité comme une urgence et du métissage comme richesse ». Quel gouffre ! Quelle chute ! ».

Gueule de bois d’Olivier Maulin
224 pages
Denoël – 18 euros.

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