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Une sélection pour le printemps

par

Par Pascal Baronheid – bscnews.fr/ Une sélection printanière!

Angoulême nous voici !
La ville de Liège est administrée par un bourgmestre (maire) amateur de bandes dessinées et son Musée des Beaux-Arts possède notamment une intéressante collection de planches originales. Elle sera peut-être la tête de pont d’un projet hénaurme : la création
d’un festival destiné à être tout simplement le pendant – sinon le concurrent – d’Angoulême. Quand on aime, on ne lésine pas sur l’humilité… Dans l’intervalle, le musée local a exposé la crème de ces planches, de Comès à Will, de Lambil à Hergé, de Macherot à Jacobs, de Peyo à Sirius. Un album a été édité pour l’occasion, par une maison qui est le pré carré de Benoît Peeters. Illustré à souhait, il évoque au pas de charge les grandes périodes de la BD « belgo- française » et de ses mutations économiques, souvent accomplies dans le sillage de Paris, montrant comment la fréquentation contre nature du monde de l’art marchand a engendré la mise en place de stratégies ourdies par les Machiavel de la phynance.

« L’Age d’or de la bande dessinée belge – la collection du Musée des Beaux-Arts de Liège »

, Les Impressions Nouvelles – 19,50 €

Sic transit
A la sortie de Roland Barthes par Roland Barthes, Maurice Nadeau avait proposé à l’auteur d’écrire lui-même sur son livre dans La quinzaine littéraire. Quarante ans plus tard, plus de Nadeau, plus de Barthes, mais un épais Roland Barthes par une inconditionnelle de l’écrivain. Appartenant à la troïka directionnelle de la NQL, elle confie « il m’a semblé évident qu’il pouvait y avoir une manière de rendre hommage à cette histoire et à ces liens en présentant moi-même le livre ». Deux pleines pages plus loin et sur le point de succomber à la tentation du commentaire, nous revient ce précepte de Maurice Nadeau : « L’oeuvre vaut toujours plus que le bien, ou le mal, qu’on dira d’elle » …

« La Nouvelle Quinzaine littéraire »,

n° 1120, 4,50 €

Sapeurs et sans reproche
Cette même 1120e livraison de la Quinzaine Littéraire devenue Nouvelle ouvre le ban par une évocation de Cabu et de sa bande de garnements lanceurs d’alertes. « Il était anar, mais il avait des principes », peut-on lire. Le double craché d’Erri De Luca, accusé par la justice italienne d’incitation au sabotage et à la dégradation d’un chantier ferroviaire. Les poursuites se fondent sur l’utilisation du verbe « saboter », dont les procureurs ne retiennent qu’une seule acception. L’émasculation lexicale. Enfant chéri des dictatures, le mot comme piège à conviction. « Cette inculpation est mon premier prix littéraire en Italie ». Et d’enfoncer le clou : « Un écrivain possède une petite voix publique. Il peut s’en servir pour faire autre chose de plus que la promotion de ses oeuvres. Son domaine est la parole, il a donc le devoir de protéger le droit de tous à exprimer leur propre voix ». La juste et nécessaire conjonction du droit et du devoir, un rappel salutaire à tous ceux qui, sous la bannière frelatée de l’inconditionnelle liberté d’expression, en nient l’essence même. Abonnez-vous à De Luca ; il n’est pas soluble dans la récupération politicienne.

« La parole contraire »

, Erri De Luca, Gallimard, 8 €

Engagé dans le non engagement
On peut être pacifiste et verser généreusement de l’huile sur le feu. Farouchement opposé à la guerre, Lucien Laforge (1889-1952) fut interné durant la première guerre mondiale, « apparemment après avoir simulé la folie pour échapper à la circonscription ». Peintre et illustrateur, il s’exprima dans le dessin de presse, devenant l’un des premiers trublions du Canard enchaîné. La réédition de son Film 1914 donne la mesure de son engagement et d’une certaine aspérité esthétique. On y trouve même des disparitions à la Perec. De quoi nourrir le débat actuel.

« Le Film 1914 »

, Lucien Laforge, Prairial, 16 €

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