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Déclinaisons de femmes en noir

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Par Marc-Emile Baronheid –bscnews.fr/ Une vague de suicides frappe les étudiantes de la vénérable université de Cambridge. Psychiatre affectée à la cellule de soutien psychologique, Evi semble être la seule à s’en émouvoir. Elle alerte Scotland Yard, qui dépêche sur place Lacey, une jeune enquêtrice chargée d’infiltrer l’alma mater.

Evi et Lacey font cause commune, mais sont bientôt le jouet de phénomènes étranges, de manipulations aussi insaisissables que celles ayant frappé les jeunes femmes suicidées. Sharon Bolton construit son roman comme un meccano : avec lenteur et méthode, pour lui donner l’allure d’une habile conjonction de la vis sans fin, du hachoir à viande et de l’entonnoir, avec en prime des remontées dans le temps, des pentes savonneuses et des mignardises hallucinogènes. Autrement dit un récit tortueux et angoissé, stimulante illustration de l’adage Homo mulieri lupus. Dommage, cette fin précipitée qui gâche quelque peu la fête.

« Sous emprises »

,Sharon Bolton, Fleuve noir, 21 euros

Parmi les innombrables et inégales évocations de la dernière guerre mondiale, il faudra accorder un statut particulier au roman noir d’Elsa Marpeau, implacable dans le choix du sujet – les femmes tondues – et la manière de le jeter en pâture. On sait combien la question demeure délicate et tenue en laisse par une mauvaise conscience collective. D’où l’intérêt de cette plongée dans ce que Rimbaud appelait « les floraisons lépreuses des vieux murs ». Des fleurs noires, aux épines sournoises et perfides, frappées de la lèpre de la lâcheté. Le récit se déploie, dans un mouvement de balancier – au systématisme parfois fatigant – entre l’été 1944 et l’été 2015, enfoui sous des couches d’amnésie et une croûte purulente de lancinants secrets de famille. C’est l’intuition d’une gendarme qui enclenche le mécanisme. L’écriture d’Elsa M fait le reste, avec des échappées poétiques sous un ciel bas et sombre,
tourmenté, douloureux. Une composition symphonique pour orchestre aux cordes nouées, aux sonorités si sourdes qu’elles cognent dans les poitrines et affolent les tympans.

« Et ils oublieront la colère »,

Elsa Marpeau, série noire Gallimard – 19,50 euros

Encore un livre consacré à Mister Holmes, lequel demeure plus célèbre que Conan Doyle et continue de recevoir un abondant courrier. Ce dictionnaire n’apporte nulle révélation sensationnelle. Il reprend des anecdotes déjà répandues. Tout de même, quiconque débarquerait d’une autre planète serait surpris d’apprendre que Watson, le colocataire de Sherlock était une femme et, qu’ensemble, ils auraient eu un fils : Lord Peter Wimsey. Une hypothèse capable d’ébranler les auteurs de l’ouvrage, au point qu’ils citent le même aphorisme trois fois en l’espace de neuf pages …

« Le Dico Sherlock Holmes »

, Jacques Baudou, Paul Gayot, Les Moutons Electriques, 21 euros

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