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Quelques polars pour l’hiver

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Par Marc Emile Baronheid – bscnews.fr/ De Copenhague à Washington, en passant par Belfast, les voyous deviennent de plus en plus mauvais. En revanche, les flics cherchent à passer pour des anges. Si c’était vrai, ça se saurait.

L’Afrique est très présente dans l’investigation menée au départ de Copenhague par l’équipe du Département V. A l’origine, un lièvre levé dans le cadre de l’aide au développement d’une tribu pygmée du Cameroun. Aucun lien, a priori, avec les agissements d’une bande de gitans, pickpockets et mendiants, tenus d’une main de fer par un certain Zola. Ce ne serait pas la première fois que deux mondes malhonnêtes prospèrent parallèlement, en s’ignorant copieusement. C’est sans compter sur le battement d’ailes du papillon en Amérique du Sud, capable de provoquer
une tornade au Japon. Le lépidoptère s’appelle Marco. Il est celui qui renverse le premier domino et provoque la chute de tous les autres, révélant qu’il y a encore quelque chose de pourri au royaume du Danemark, la criminalité en col blanc n’y étant pas la moindre des avanies. Le talentueux Carl Mørk et ses adjoints éprouvent toutes les peines à trouver le début d’une piste. Pour la cinquième enquête du Département V (les précédentes ont trouvé leur public, nombreux et fidèle), Adler-Olsen, maître de son sujet, s’ingénie à égarer les protagonistes, alternant humour et scélératesse, au long de 648 pages soumises à un mouvement uniformément accéléré. Les déçus se compteront sur les doigts d’une main. Du moins s’il s’en trouve.

« L’effet papillon »

, Jussi Adler-Olsen ; traduit du danois par Caroline Berg, Albin Michel, 22,90 euros

Autrefois incarcéré en Irlande pour activisme politique et un temps détenu de droit commun aux USA, Millar (né à Belfast en 1958) a créé le personnage de Karl Kane, détective privé déterminé, dur au mal, confronté à ce que la nature humaine présente de plus inqualifiable. On retrouve les corps affreusement mutilés de jeunes filles dont on a prélevé le foie et les reins. Trafic d’organes ? Non, car l’auteur ne s’acharnerait pas à ce point. Sadisme pur ? Possible. Appelé à l’aide par la soeur d’une disparue, Kane voit son enquête s’emballer lorsque sa propre fille est portée disparue. Il est persuadé de connaître le coupable : un notable que la police met un certain zèle à ne pas inquiéter. Alors Kane se déchaîne et lâche ses chiens les plus violents, dans un balancement aléatoire entre trivialité plus qu’inutile et subtilité dans l’orchestration de la palette des sentiments.

« Le cannibale de Crumlin Road »

, Sam Millar, Seuil ; traduit de l’anglais (Irlande) par Patrick Raynal, 21,50 euros

George Pelecanos est producteur et scénariste de séries télévisées à succès, une activité superbement alimentaire qui infléchit la construction et le déroulement de ses romans. Celui-ci se déroule à Washington, en 1972. D’où l’abondance d’allusions aux belles mécaniques (Dodge, Buick Electra gold modèle 68, Plymouth Fury 1971 …), aux pantalons pattes d’eph’, aux chansons à la mode ( Ollie et les Nightingales, Bill Withers, Big Maybelle,les Stylistics, Carl « Soul Dog » Marshall, Johnny Adams …). Parmi tous ces plans nostalgiques et les rêveries posthippies, une poignée d’enragés, truands, dealers, junkies, prostituées, tueurs à la petite semaine, dont Derek Strange va croiser la route. Tout simplement parce qu’une jeune femme est venue le voir pour lui demander de retrouver une bague qui lui est chère. Et comme cet ancien flic devenu privé est en manque de liquidités, il se met en piste. L’occasion de retrouver un ex-collègue toujours policier et de réaliser que, dans certains cas, les méthodes orthodoxes montrent cruellement leurs limites. Et donc qu’il convient de les adapter à l’air du temps.

« Red Fury »

, George Pelecanos ; traduit de l’anglais par Denis Beneich, Calmann-Lévy, 19,90 euros

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