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Hungry hearts : un film dérangeant de Saverio Costanzo

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Par Mélina Hoffmann – bscnews.fr/ Jude est Américain, Mina est Italienne. Leurs chemins se croisent de manière cocasse, à New York, dans les toilettes d’un restaurant où ils se retrouvent tous les deux coincés ! Ils tombent fous amoureux et décident de se marier. Rapidement, la jeune femme tombe enceinte. Cette grossesse va bouleverser le couple d’une manière complètement inattendue…

Après ‘Comme le vent’, sorti en juin 2014 et réalisé par Marco Simon Puccioni, le cinéma italien nous livre encore une bien jolie pépite ! Ici, Saverio Costanzo nous emmène à New York au travers d’un scénario écrit en seulement sept jours, après la lecture du roman de Marco Franzoso, ‘Il bambino indaco’, dont il s’inspire !
Le film s’ouvre sur une scène dont le comique surprend d’autant plus qu’il laisse ensuite place à une tout autre ambiance. Si le début est un peu lent et qu’on ne comprend pas bien où se dirige l’histoire, on se retrouve néanmoins plongé dans les angoisses de la future maman. Puis, dès l’arrivée de l’enfant, les choses s’accélèrent et l’on comprend rapidement que quelque chose ne tourne pas rond. Sept mois après la naissance, Mina refuse encore de sortir son enfant hors de l’appartement, cherchant à le protéger – à l’extrême – d’un monde extérieur qu’elle juge trop dangereux et néfaste. Sous prétexte de lui apprendre à se défendre tout seul, à « devenir fort », elle refuse même de l’emmener voir le médecin alors que le bébé a de la fièvre depuis plusieurs semaines… Le désaccord et l’incompréhension s’installent doucement au sein du couple tandis que l’inquiétude du père grandit, au point qu’il finit par emmener son fils, en cachette, voir un médecin. Là, le choc est violent. Il apprend que son fils souffre de malnutrition, qu’il ne se développe pas, et qu’il faut réagir vite pour éviter le pire. Jude qui, jusqu’alors et par amour, s’efforcait de respecter la position de sa femme, se voit forcé de s’interposer face aux obsessions morbides de celle-ci. Mais la tâche s’annonce des plus difficiles… Heureusement, il va pouvoir compter sur l’aide de sa mère. Pas sûr pourtant que cela suffise…
Hungry hearts aborde un thème aussi grave que peu commun, qui donne lieu à des situations parfois dérangeantes pour le spectateur. D’autant que le réalisateur a fait le choix judicieux d’alterner les points de vue sur l’histoire, et ce tout au long du film. Cela permet non seulement de nous donner la sensation d’être complètement immergé au sein du couple, de ressentir les angoisses, les peurs, les interrogations de chacun des personnages, mais également de n’être jamais tenté de juger l’un ou l’autre malgré certaines situations révoltantes. On aimerait détester cette mère pour ce qu’elle inflige à son enfant, mais certaines scènes nous en empêchent, et, quelque part, c’est assez dérangeant. C’est bien là la force de ce film, la manière dont les points de vue et les genres se succèdent et nous déstabilisent. De même que certaines scènes qui semblent surgir de nulle part. Comique, romantique, thriller… Ce film est tout ça à la fois, et l’on en ressort un peu retournés.
A noter aussi qu’il s’agit du premier de ses films dans lequel Saverino Costanzo tenait la caméra, ce qui explique un rendu imparfait, souhaité par le réalisateur, pour accompagner l’imperfection des personnages. Ainsi, sur certaines scènes, la caméra bouge sans cesse, ce qui donne parfois un peu le mal de mer. Un écho au mal de mère peut-être…

Hungry hearts
Réalisé par Saverio Costanzo
Avec Adam Driver et Alba Rohrwacher

Sortie en salle : le 25 février 2015.

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