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Les souris de Steinbeck peuvent dormir sur leurs deux oreilles, les hommes de théâtre veillent au grain

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Par Elodie Cabrera –bscnews.fr/ Plus de dix ans de tournée et la magie opère encore. L’adaptation d’un des chefs d’œuvres de John Steinbeck, « Des souris et des hommes », par Philippe Ivancic et Jean-Philippe Evariste revient sur les planches du Théâtre du Palais Royal devant un public toujours aussi conquis. Interprétation magistrale, rythme soutenu, comédiens finement sélectionnés, cette pièce ravive chez le spectateur son émoi de lecteur. Comme la madeleine de Proust, elle nous renvoie à notre première rencontre avec ce récit d’une saveur douce-amère.

Dans une Amérique lointaine, les travailleurs errent sur les routes en faisant halte dans les ranchs qu’ils croisent sur leur chemin de croix. Maigre salaire, grosses gouttes de sueur, la vie des journaliers se traîne sous un soleil de plomb, pesante comme les sacs de grain qu’ils chargent à longueur de journée, et vient s’échouer dans quelques bicoques et bordels miteux où, bercés d’illusions, ils boivent leur paye jusqu’à la dernière goutte. Parmi ces hommes seuls et sans famille, un duo improbable : Lennie, un colosse simplet, aussi naïf, attachant et maladroit qu’un enfant, sur lequel veille Georges, le malin de la bande.
Les deux metteurs en scène interprètent avec brio la relation qui unit leurs personnages, entre tendresse sincère et compagnie forcée. Jean-Philippe Evariste et Philippe Ivancic partagent la scène avec huit autres comédiens, chacun moulé à la perfection dans son rôle, tous dotés d’une véritable puissance scénique. Ils emportent et confinent le spectateur jusqu’au tableau final. Point d’ennui. Le texte de Steinbeck claque à leur palais et trouve un écho dans le monde moderne. Une prouesse notamment réussie grâce à une mise en scène intemporelle et sobrement pensée : quelques caisses et panneaux de bois transpercés par la lumière rasante d’un lever de soleil à la campagne. Et au moment du lever de rideau, quand le théâtre se réveille dans la lumière artificielle, on est presque pris de court. Un brin sur sa faim.
La seule critique que les amoureux du roman seraient en droit d’adresser à la pièce est le passage éclair de la scène d’ouverture et finale, pourtant primordiales. La première est une prophétie funèbre de la seconde. Elle porte à elle seule tout le nœud de l’histoire, la complexité affective qui enserre Georges et Lennie, mais aussi le mirage d’une vie meilleure. Celle qu’on ne peut courser que dans les rêves et formuler tard dans la nuit. Pour autant, cette adaptation portée par dix comédiens impeccables mérite les applaudissements du public et l’engouement de la presse. Les souris de Steinbeck peuvent dormir sur leurs deux oreilles, les hommes de théâtre veillent au grain.

Des souris et des hommes

Auteur : John Steinbeck, adaptation Marcel Duhamel
Metteur en scène : Jean-Philippe Evariste et Philippe Ivancic / Direction d’acteurs Anne Bourgeois

Philippe Ivancic (Lennie),
Jean-Philippe Evariste (George),
Jean Hache (Candy),
Alyzée Costes ou Agnès Ramy (La Femme),
Jacques Bouanich (Carlson),
Henri Déus (Le Patron),
Emmanuel Lemire (Slim),
Emmanuel Dabbous (Curley),
Augustin Ruhabura ou Bruno Henry (Crooks),
Hervé Jacobi ou Pascal Ivancic(Whit)
Lumières: Jacques ROUVEYROLLIS
Costumes: Emily Beer
Musique : Bertrand Saint-Aubin.

Jusqu’au 18 avril 2015 au Théâtre du Palais Royal à Paris.

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