fbpx

Le Mariage de Figaro : Beaumarchais, ardent défenseur de ces dames?

par

Par Florence Gopikian Yérémian – bscnews.fr/ La Compagnie des Nomadesques est décidément l’une des plus sémillantes formations théâtrales de Paris. En janvier dernier, elle nous avait régalés d’une fougueuse interprétation de Goldoni (voir article La Locandiera); la voici déjà de retour sur les planches de la capitale avec une adaptation picaresque du Mariage de Figaro.

L’écrin choisi pour mettre en scène cette allègre pièce de Beaumarchais est le Théâtre du Ranelagh. Dans cette magnifique salle d’inspiration Renaissance, les spectateurs ont d’office l’impression de faire face à une troupe de comédiens du XVIIIe siècle. Si l’on ajoute à ce somptueux cadre : un décor jaune vif, une méridienne en velours et des costumes écarlates signés Corinne Rossi, tout est mis en place pour nous faire plonger dans un « Siècle des lumières acidulées ».
L’histoire de Figaro est connue de tous: Valet de chambre du Comte Almaviva, le jeune Figaro souhaite convoler en justes noces avec Suzanne, la belle camériste. Il s’avère cependant que le Comte réclame sournoisement son « droit de cuissage » sur la demoiselle! Afin de sauver sa promise et faire passer le gout du libertinage à ce libidineux Seigneur, Figaro va devoir élaborer quelques complots. Au fil des ruses et des quiproquos, il parviendra à sauver l’honneur de sa Suzon et replongera le Comte dans les bras aimants de sa fidèle Comtesse…

Dans cette version écourtée de l’oeuvre de Beaumarchais (1h30), l’accent est mis sur l’humour, l’infidélité et le triste rôle dévolu aux femmes de ce temps. Figaro (Gaël Colin) y est coulant, charmeur et guilleret. Dans sa tenue de toréador, il va « de-ci, de-là » pour mener sa cour autant que ses manigances. Malgré sa vive allégresse, on aimerait le voir plus percutant: un brin d’insolence et un soupçon d’audace le placerait ainsi à égalité avec le Comte Almaviva qui domine la scène en dépit de son apparent manque de jugeote. Incarné par le séduisant Damien Coden, ce noble seigneur est de belle stature et porte le bouc avec une exquise élégance. Aussi jaloux que libertin, il a le culot de soupçonner sa femme tout en soupirant après Suzette! Affublé d’un gilet turquoise et d’une redingote rose fuchsia, ce Seigneur Almaviva nous séduit autant qu’il nous fait rire car son attitude est à mi-chemin entre le raffinement et la pitrerie. A ses côtés, la comtesse Rosine (Karine Tabet) est un peu trop discrète (mais où est passée l’explosive aubergiste de La Locandiera?!). Délaissée par son époux volage, elle souhaite le punir mais manque d’hardiesse face à la cour effrénée que lui fait le jeune page Chérubin (Cédric Miele). Ce dernier, quant à lui, butine tout ce qui lui tombe sous la main y compris les joues roses et fraiches de Suzon (Elodie Colin), la pétillante fiancée de Figaro.
Afin d’accentuer l’aspect comique de cette farce, Vincent Caire a misé sur le personnage rocambolesque de Marceline, la vieille gouvernante. C’est à Franck Cadoux que revient le superbe rôle de cette duègne asséchée par le manque d’amour. Avec sa voix de crécelle, sa démarche cahotante et ses jupons de flamenca qui font ressortir ses fesses postiches, ce comédien travesti parvient à composer une « Carmen des faubourgs » des plus caricaturales. L’ensemble de la pièce baigne d’ailleurs dans une atmosphère hispanisante où les claquements d’éventails rivalisent avec les accords de guitare fouettés. Du début à la fin, le rythme est bien là et ne faiblit pas: les intrigues s’emmêlent, les billets doux se croisent et la satire de la misogynie se diffuse crescendo. Dans un esprit quasi vaudevillesque, cette version mouvementée du Mariage de Figaro prend en effet la défense du beau sexe: mettant en avant la condition dérisoire des femmes au XVIIIe siècle, cette oeuvre fait vaillamment plaider Marceline et donne des leçons à tous les hommes de ce siècle soi-disant « éclairé »: entre les époux volages, les pages coureurs de jupons et les maîtres réclamant encore d’indécents privilèges, ces messieurs en prennent tous pour leurs grades. A l’arrivée, il est amusant de constater que seul Figaro est épargné dans cette galerie de tristes sires! Décidément, on finirait par croire qu’il y a du « gentilhomme » dans ce Figaro-ci!

Le Mariage de Figaro? Laissez-vous convier à la noce, vous allez y passer une folle journée !

Surtout ne ratez pas l’occasion d’y emmener vos enfants (de préférence au dessus de 9 ans)

La folle journée ou Le Mariage de Figaro
de Beaumarchais
Mise en scène de Vincent Caire
Avec:, Franck Cadoux, Damien Coden, Elodie Colin, Gaël Colin, Cédric Miele, Karine Tabet et
Auguste Bruneau (en alternance avec Vincent Caire)
Lumières: Lou-Anne Lapierre
Costumes: Corinne Rossi
Décor: Nicolas Cassonnet et Caroline Rossignol

Théâtre Ranelagh
5, rue des vignes – Paris 16e
Métro La Muette – Passy
RER C Boulainvilliers – Kennedy Radio France

Réservations: 0142886444
Jusqu’au 29 mai 2015
Du mercredi au samedi à 19h
Le dimanche à 15h

A voir aussi ( ou pas…):

Sans Valentin : une comédie romantique qui porte un regard décomplexé sur l’homosexualité

Le Théâtre La Cible est décidément le lieu de rendez-vous des jeunes talents de l’humour !

Yolanda, le premier jour : Olivier Pochon et la quête de soi

Blind Date: une pièce labyrinthique en hommage à Borges

Le Roi Lear : enfin une pièce de Shakespeare à voir en V.O

Michael Lonsdale offre une oraison poétique à Charles Péguy

Livrez-vous à la folie de Caligula: cette pièce va vous déchirer l’esprit autant que l’âme

Un air de famille : Quand Laurent Tardieu s’en mêle

La traversée de la nuit: une leçon d’espérance par Mlle de Gaulle

Laissez votre commentaire

Il vous reste

0 article à lire

M'abonner à