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Le Roi Lear : enfin une pièce de Shakespeare à voir en V.O

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Par Florence Yérémian –bscnews.fr / Ladies and Gentlemen, et si, pour une fois, vous tentiez d’assister à une pièce du grand William en version originale? L’occasion est si rare en cette vieille terre de France, qu’il ne faudrait pas la rater! Si le challenge linguistique vous tente, c’est donc au récit de King Lear que vos ouïes délicates vont devoir prêter toute leur attention.

Mise en espace par Rona Waddington sur la minuscule scène du Théâtre de Nesle, cette intense tragédie shakespearienne se penche une fois de plus sur les passions humaines et la quête du pouvoir.
La trame en est complexe mais les six comédiens de la Compagnie du Lynx en proposent une version plutôt condensée : Arrivé à un âge certain, le Roi Lear décide de se retirer des affaires de son royaume. Il a alors l’idée saugrenue de réunir ses trois filles pour partager sa fortune en fonction de l’amour que chacune voudra bien lui témoigner. Usant de malice et de flagornerie, les Duchesses Goneril et Régane parviennent à s’accaparer la totalité du royal héritage tandis que Cordélia, la cadette, est répudiée d’Angleterre: aussi honnête que candide, la jeune fille a fait l’erreur de blesser l’orgueil de son père en lui déclarant qu’elle l’aimait autant que son futur époux, le roi de France…
Privé absurdement de sa fille la plus dévouée, Lear va tomber dans une bien tragique spirale. Se laissant emberlificoter par l’hypocrisie de Goneril et Régane, il va se retrouver dépouillé de sa puissance et de l’ensemble ses biens. Comprenant tardivement l’ingratitude de ses ainées, Lear réalise à quel point son fier aveuglement lui a fait perdre la seule âme pure de son royaume: Cordelia. Sombrant peu à peu dans la démence, ce triste Sire entrainera toute sa progéniture vers un funeste destin.

Bien que cette pièce offre un florilège de traitrises, de meurtres et de pendaison, Rona Waddington en a nettement distillé l’écriture. Nulle trace de souffrance ou de pleurs n’apparait au sein de cette adaptation fantaisiste du Roi Lear. Interprétée en toute simplicité par une poignée d’artistes plein d’entrain, elle nous fait même songer aux représentations populaires de la Commedia dell’arte. Vêtus de costumes de fortune, les acteurs poussent la grimace, s’occupent du texte autant que des bruitages et enchainent les rôles au pas de course: roi, duchesses, princes ou soldats, tous se croisent et se percutent au point qu’on en vient parfois à mélanger les personnages!
Parmi les principaux protagonistes domine Lear, Roi de Grande Bretagne. Interprété par Nick Calderbank, il fait preuve d’une décontraction totalement à contrepied du conventionnel souverain, hiératique et patriarcal. Portant la couronne avec la même aisance que ses baskets, il confère à cette tragédie shakespearienne une légèreté assez décalée. A ses côtés Fiamma Bennett apporte une très belle sensibilité à la figure de Cordélia: l’attitude aussi souple que noble, elle incarne parfaitement la seule femme sincère de ce récit. Dans un registre opposé, les soeurs Régane (Gabriella Scheer) et Goneril (Joanna Bartholomew) sont aussi fourbes que malicieuses; quant aux deux jeunes acteurs masculins de la troupe, ils ont le méritent de se partager une demi douzaine de rôles: Comte de Kent, Roi de France, princes légitimes ou illégitimes…. L’un (Damian Corcoran) est particulièrement appréciable pour son beau phrasé tandis que l’autre (Vincent Latorre) séduit son public en gesticulant comme un Arlequin.
Cette amusante version de King Lear se condense donc autour d’une Compagnie très bon enfant qui confère à l’oeuvre originale de Shakespeare un côté aussi épique qu’extravagant. Si vous n’êtes pas en quête d’une grande tragédie lyrique ou d’une scénographie ostentatoire, cette courte pièce devrait vous divertir. On regrette juste que l’ensemble des acteurs ne soient pas tous britanniques car l’accent de certains va jusqu’à heurter nos oreilles de « Frenchies »…

King Lear
de William Shakespeare
Mise en scène: Rona Waddington
avec Joanna Bartholomew, Fiamma Bennett, Nick Calderbank, Damian Corcoran, Gabriella Scheer et Vincent Latorre.

Théâtre de Nesle
8, rue de Nesle – Paris 6e
M° Odéon ou Pont Neuf

Jusqu’au 14 février 2015
Du mercredi à samedi à 21h
Réservations: 0146346104
www.theatredenesle.com

Bien que le spectacle soit en anglais surtîtré français, nous conseillons aux non-anglophones de parcourir les grandes lignes de la pièce avant d’aller la voir.

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