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Contes chinois : l’art de transformer la scène en un immense livre d’images

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Par Florence Gopikian Yérémian – Contes chinois est une performance picturale d’une très grande poésie mettant en scène des pièces enfantines. Ce projet est né de la rencontre entre François Orsoni et le peintre Chen Jiang Hong. Mélange de voix, de partitions musicales et de peinture, il s’est patiemment construit autour de deux ouvrages illustrés par l’artiste : Le Prince Tigre et Le Cheval magique de Han Gan. Le premier raconte l’histoire d’une mère tigre qui s’accapare l’enfant d’une princesse après avoir perdu ses petits ; le second retrace le destin d’un prodige du dessin adorant représenter des chevaux sans jamais vouloir les détacher.

Afin d’offrir aux jeunes spectateurs une nouvelle lecture de ces légendes chinoises traditionnelles, François Orsini a choisi de transformer son espace théâtral en un immense livre ouvert : tandis que des images sont projetées à grande échelle sur les murs ou que des pop-up géants apparaissent sur la scène, une conteuse, tapie dans l’ombre, déclame de sa douce voix des textes d’un autre temps. Au fil des tableaux qui s’enchainent, les enfants sont séduits et se laissent bercer par cet art simple et initiatique fait de couleurs vives, de grandes cascades et de bruits de bambou. Leur enthousiasme s’accroit lorsque Chen l’illustrateur s’empare de ses pinceaux et d’un long rouleau de papier pour peindre en direct les aventures du Cheval magique : d’un trait noir et fluide, il trace avec une ardente concentration chacun des personnages du récit. Page après page, l’encre de Chine prend vie devant nos yeux : elle coule, se fige, diffuse sa sève sombre dans le grain du papier et donne progressivement naissance à une très belle frise équestre qui captive l’assistance.

Dans cette parenthèse hors du temps tout semble basé sur la grâce et le souffle. A l’inverse des jeux vidéos dégénérés qui mitraillent les prunelles et les tempes de nos enfants, ce spectacle se nourrit d’un lyrisme silencieux et ponctue son dessin de vides : cela permet à chacun de se déconnecter de la réalité afin de s’immerger pleinement dans un univers fait de lenteur et d’émotion sereine. L’espace d’une heure, les consoles et playstations sont totalement oubliées au profit d’un art millénaire dont il ne faut surtout pas priver nos chérubins : celui du conte.

Contes Chinois ? Un bel échange intime et poétique. Dommage que la performance soit si courte !

Contes Chinois
Illustrations et textes choisis par Chen Jiang Hong
Mise en scène de François Orsoni
Textes dits par Estelle Meyer ou Suliane Brahim en alternance
Musique de Rémi Berger et Thomas Landbo
Scénographie et vidéo de Pierre Nouvel

Dates des représentations :

Les 27 et 28 avril 2016 à 18h30
Espace Diamant d’Ajaccio
Réservation : 04 95 50 40 80

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