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Beaux-livres : des Rouart à Nicolas de Staël

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Par Marc-Emile Baronheid – bscnews.fr/ Une sélection pour éclairer ses soirées au coin du feu…

Pas que des lettres

D’Ampère à Volta, voici cent lettres mêlant les mots et les images. Elles sont issues de l’inépuisable ( ?) fonds du Musée des lettres et manuscrits à Paris. Si les noms de Berlioz, Dali, Le Corbusier, Musset sont connus, d’autres le sont moins, tel celui de Gutzon Borglum, sculpteur qui a réalisé dans le granit du Mont Rushmore les portraits de quatre grands présidents des Etats-Unis. De Lewis Carrol, on découvre une lettre-rébus d’anniversaire transmise à une petite fille de 7 ans. Marie Laurencin, en exil pendant la Grande Guerre, écrit à son pygmalion Henri-Pierre Roché et lui présente trois toiles inédites. Ailleurs, une lettre du graveur Célestin Nanteuil, illustrée de cinq croquis, adressée à la comédienne Marie Dorval, dont il est le soupirant mortifié. Ce sont encore des aquarelles poétiques de Manet, un rapport topographique de Maupassant à Flaubert …. Tout le volume est à l’avenant : inattendu, insolite, passionnant.

« L’Or des manuscrits », Christel Pigeon, Gérald Lhéritier ; avec la collaboration de Pascal Mateo et Jean-Noël Mouret, Gallimard/Musée des lettres et manuscrits, 29 euros

Pour la discrétion c’est raté.

Les chiens ne font pas des chats, mais ils chassent de race. Les Rouart, illustre famille de collectionneurs et de mécènes ont aussi compté parmi eux des peintres : Henri Rouart (1833-1912), son fils Ernest et son petit-fils Augustin, père de l’écrivain et académicien Jean-Marie Rouart (lire le BSC News n° 72), que l’on retrouve enfant dans nombre de tableaux. Particularité de cette dynastie : loin d’avoir tout fait pour être connus, ses membres seraient presque suspectés d’avoir voulu rester inconnus. La curiosité du siècle nouveau les a débusqués, un critique allant jusqu’à considérer la famille Rouart comme « les Médicis français ». Un ouvrage est adossé à l’actuelle exposition de Nancy. Il illustre une symphonie artistique en trois mouvements, témoigne d’un rayonnement intellectuel connu des seuls initiés et dévoile la portée considérable d’œuvres conçues dans le cadre d’une aventure intérieure, secrète et fervente.

« Les Rouart – De l’impressionnisme au réalisme magique »

, Dominique Bona, Gallimard, 35 euros. L’exposition du même nom est montrée au Musée des Beaux-Arts de Nancy jusqu’au 23 février 2015 (www.mban.fr)

L’autre lumière de Nicolas de Staël
L’excellent MuMa (Musée d’art moderne André Malraux) du Havre a consacré une lumineuse exposition rétrospective à la place du paysage dans l’œuvre de Staël. Elle a pris fin le 9 novembre. Tous les malheureux qui l’ont manquée trouveront à la fois une consolation et l’occasion d’aviver leurs regrets, dans le catalogue publié pour la circonstance. Il est précieux. On sait l’importance que le paysage occupa dans les trois dernières années de la vie du peintre. L’évoquant, il est tentant de ne penser qu’aux lumières fulgurantes des régions méditerranéennes. Ce serait faire peu de cas de l’autre lumière présente et marquante chez Staël, celle, changeante et riche de tant d’autres miroitements, des côtes de la Mer du Nord et de la Manche. C’est à cette « liquide mobilité » que l’ouvrage rend hommage, renvoyant comme un écho des pages que Proust lui consacra dans La Recherche. Quelques analyses et contributions de haute pertinence accentuent l’intérêt du volume. On retiendra en premier celles de Virginie Delcourt et Michel Collot. Gustave de Staël, fils de Nicolas, pose une question dont le lecteur se réjouira de trouver au gré des pages la réponse, fulgurante et évidente : « Comment un tel rayonnement peut-il provenir d’un astre mort ? ».

« Nicolas de Staël. Lumières du nord/lumières du sud »

, Gallimard/MuMa, 29 euros

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