fbpx

La ballade du mauvais garçon : Nan Aurousseau entre fiction et réalité

par

Par Eric Yung – bscnews.fr/ Les lecteurs qui s’intéressent à la littérature noire connaissent peut-être Nan Aurousseau, l’auteur de « La ballade du mauvais garçon », un roman paru il y a peu de temps aux éditions Stock. Cet écrivain, un titi parisien, est né dans le 20° arrondissement de Paris. Il a appris à marcher sur les trottoirs de Belleville, du père Lachaise et de Ménilmontant, quartiers populaires de Paname qui ne sont plus, aujourd’hui, que des souvenirs en noir et blanc.

Lui, Nan Aurousseau a vécu à la charnière du temps où le règne de « l’apache » et du « gigolo », a laissé place au calibre douze et au trafic de came. C’était juste avant que ces lieux soient conquis par l’épicerie asiatique et les agences bancaires. Evidemment, une enfance et une adolescence qui se passent du côté des « quat’zarts » et compte tenu des mauvaises fréquentations qu’il entretenait avec des truands semblables à ceux de « Casque d’Or » et des « Tontons Flingueurs » conduit à faire ses classes de voyou en s’essayant au braquage. Une jeune histoire sans morale mais qui a sa logique : arrêté, il est jugé et condamné à 6 piges de prison. Il avait moins de 20 ans. Lorsqu’il quitte la taule et qu’il retrouve le monde extérieur Nan Aurousseau tient sa promesse faite à lui-même durant, sans doute, un mauvais jour de mitard : il se réinsérerait comme disent les éducateurs « en milieu fermé ». Il lui fallait un bon métier et comme il avait entendu dire à la Santé et à Fresnes « qu’on en trouve plus à Paris », il a sauté sur l’occasion : il est devenu plombier. L’artisanat est une chimère pour des garçons comme Aurousseau. Alors, il a posé sa clef de douze et son chalumeau, définitivement. Il a rencontré Jean-Patrick Manchette et s’est mis à écrire, à faire des films aussi. Pour garder –un peu- le moral « j’avais épinglé la célèbre formule de Michel Ange sur le mur : L’art vit de contrainte et meurt de liberté » raconte-t-il dans son livre. Et un jour, le facteur frappe à sa porte et lui tend un télégramme signé du patron des éditions Stock : « j’ai commencé la lecture de votre manuscrit que je trouve formidable. Jean-Marc Roberts ». Quand il a reçu ce pli se rappelle Nan Aurousseau dans « La ballade d’un mauvais garçon », « j’étais à bout de tout. J’avais cinquante-cinq ans et rien n’avait véritablement marché depuis ma sortie de prison. Aucun de mes films n’était connu. Le succès, réel, est venu en 2005 avec la publication de « Bleu de Chauffe », un livre fort remarqué et qui reçoit même un prix littéraire. L’écrivain Aurousseau est né et depuis il donne rendez-vous à ses lecteurs une fois, environ tous les deux ans. « La ballade du mauvais garçon » (éditions Stock) est donc son dernier roman. Et si pareil aux précédents et tout particulièrement dans « Quartier Charogne » (collection Bleue, chez Stock) il nous entretient de ses obsessions c’est-à-dire de l’enfermement, des cellules, des mitards, des hurlement nocturnes des détenus, des bruits de clés dans les serrures de portes et qu’il narre aussi ses mésaventures rocambolesques, parfois violentes, qu’il a connu dans le milieu de la haute truanderie, « La ballade du mauvais garçon » sort des sentiers battus du récit et du roman policier « classique » parce qu’il appartient – sans aucun doute- à une véritable œuvre littéraire. « La ballade du mauvais garçon » en est l’actuel point d’orgue. Encore faudra-t-il que Nan Aurousseau sache et continue d’exploiter la veine, pleine d’espoirs et de sens, qu’il met à jour dans son dernier livre, c’est-à-dire cette réflexion qu’il tient tout au long de son ouvrage et qui se fait au plus profond de ce que Malraux, dans l’un de ses essais, a nommé « L’homme précaire et la littérature » et que résume Christiane Moati dans la préface de l’édition de poche, en écrivant : « la littérature, pour chacun d’entre nous, est une expérience majeure : parce qu’elle nous fait vivre par procuration une vie, c’est-à-dire un temps autre que le nôtre, et qu’elle porte plus loin qu’un simple divertissement ». Bref, « La ballade du mauvais garçon » de Nan Aurousseau est un roman qu’il ne faut pas manquer de lire. C’est un livre riche, puissant, touchant et beau.

« LA BALLADE DU MAUVAIS GARCON » de Nan Aurousseau. Editions Stock.

A lire aussi:

Roland Topor : ce poète en « état de légitime défense permanent « 

Raymond Famechon : une résurrection dans un livre passionnant

Le testament de Lucky Luciano : un polar boudé par la critique car suspecté d’apologie du crime organisé

Oscar Coop-Phane : un talent littéraire qui ne se dément pas

Les Editions du Caïman : un éditeur à l’honneur

Rentrée littéraire : Quid novi sub sole ?

Un livre aussi étrange qu’enivrant

Laissez votre commentaire

Il vous reste

0 article à lire

M'abonner à