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Raymond Famechon : une résurrection dans un livre passionnant

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Par Eric Yung – bscnews.fr / Pourquoi faut-il parler, un peu, de Raymond ? Parce qu’il, après des années de silence (ou plutôt d’oubli), réapparaît dans un ouvrage publié il y a peu de temps aux éditions Cohen-Cohen. C’est magique les livres. Ca ressuscite des hommes ! Et Raymond mérite bien de revenir à la vie même si elle est désormais de papier. Il n’est pas n’importe qui Raymond !

Pour se faire un nom, il lui a fallu quitter « Sous-bois », « le quartier le plus pauvre de Maubeuge situé dans les corons (…) étourdis par le bruit des laminoirs, abasourdis par le grondement des fonderies et des ateliers, abrutis par les kermesses et les ducasses qui se terminent en beuverie (…) ». Alors, évidemment, lorsqu’il est né un jour de 1924 et que pour la première fois il a « ouvert les yeux, Raymond a reconnu sa tombe et il a immédiatement su qu’il fallait la péter, donner un bon coup de poing dans le mur et crever le plafond d’un direct du gauche. C’est comme ça qu’il a su qu’il était gaucher ». Raymond ? C’est Raymond Framechon, un ex-boxeur dont le nom, oublié, a pourtant fait les beaux jours du « noble art » comme disent ceux qui organisent des combats entre les hommes qui cherchent la gloire avec leurs poings. Isabelle Minouni, l’auteur de « L’obscure Splendeur de Raymond Famechon » a donc choisi de s’intéresser à ce type et de le sortir des oubliettes de l’ingratitude. En effet, l’écrivain Mimouni a ressenti pour Raymond Framechon de l’admiration posthume. Surnommé « Ray » par son père il a été, durant quelques années, le roi du ring, le champion des champions, le plus grand des poids plume français de toute l’histoire de la boxe et le meilleur d’Europe lorsque le 22 mars 1948 il a battu, à Nottingham, le tenant du titre, le grand Ronnie Clayton. « Ray » a été une star adulée par les journalistes de son temps et certains d’entre eux l’ont hissé au plus haut de la popularité en le consacrant publiquement à la « Une » de l’hebdomadaire Paris Match. A moins que l’intérêt d’Isabelle Mimouni suscité pour Ray (au point d’en faire un livre, un roman dit son auteur) a été aussi dicté par l’échec de ce boxeur qui, après 102 victoires sur 119 combats professionnels a, une première fois, sous les projecteurs du Madison Square Garden de New-York, laissé passer sa chance de devenir champion du monde et qu’un peu plus tard – c’était au Vel d’hiv, le 9 février 53 – il a, ce soir-là, face à Percy Passett « le cogneur de Philadelphie » plié définitivement l’échine, mis un genou en terre et qu’il a abandonné la boxe. A moins encore que sa résurrection de papier soit due, parce que abandonné de tous, à sa déchéance ? Car en 1955 Ray est redevenu Raymond et il a tout perdu : sa femme, ses économies, la petite mercerie de Montmartre dont il a hérité, sa dignité aussi lorsque la pitié d’un juge (au nom de ce qu’il avait été) l’a seulement condamné à une peine de prison avec sursis pour un vol d’argent contenu dans un porte-monnaie dérobé dans le sac d’une femme de ménage. Raymond n’avait plus rien pour vivre. Alors « il balayait les quais de la gare de Lyon, ramassait les détritus le long des voies quand elles étaient désaffectées, arpentait les couloirs avec sa vadrouille et sa pelle, vidait les poubelles remplies de scories de tous ordres : vieux paquet de cigarettes, emballages de carton, épluchures d’oranges et de bananes, tickets de métro usagés, boîtes métalliques de brillantine Roja…
Et puis, une nuit de janvier 1978, Raymond Famechon a accepté la défaite. Le corps enveloppé dans des cartons, les yeux ouverts, il est mort sous un pont de Paris.
En réalité, le lecteur se plait à croire qu’Isabelle Mimouni ne s’est pas prise de passion pour un champion ou un loser mais qu’elle a été sensible à une histoire humaine, simplement humaine, à celle de ce gamin qui, un soir, « assis sur un tabouret dans un coin de la chambre » où son père agonisait a compris que cette mort qui venait était « une injonction, celle de rectifier les arrêts du destin car il ne pouvait plus être question que les Famechon meurent comme des chiens, sans personne pour célébrer leur existence (…) ».
Isabelle Minouni nous invite à découvrir pourquoi elle a aimé cet homme et a voulu nous en parler dans un roman. L’explication de sa démarche tient dans les dernières phrases de l’ouvrage qui nous disent : « En 2008, l’administration fit les démarches nécessaires pour savoir si les descendants de Raymond Famechon souhaitaient conserver sa concession. Son fils, Patrick ne répondit pas au courrier. Cela fût interprété comme une fin de non-recevoir. La tombe fut ouverte, on exhuma à la pelleteuse les restes du défunt pour faire de la place. (…) Un orpailleur passa avec un détecteur de métaux, il trouva une ou deux dents en or et un anneau dans lequel il y avait une inscription illisible qui se terminait par « pour la vie ». Une bonne journée » pour l’orpailleur.
C’est en cela que « L’obscure Splendeur de Raymond Famechon » d’Isabelle Mimouni est un livre magnifique.

« L’obscure splendeur de Raymond Famechon »
de Isabelle Mimouni
Ed. Cohen/Cohen

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