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Femme japonaise / Femme musulmane: même combat?

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Par Florence G. Yérémian – bscnews.fr/ Qui ne connait Stupeur et tremblements de l’abracadabrante Amélie Nothomb? Ce délicieux roman est une véritable plongée loufoque dans l’univers implacable d’une entreprise japonaise: la protagoniste Amélie y incarne une jeune interprète belge qui se retrouve propulsée pour une année au sein de la compagnie Yumimoto. Au fil du récit, elle dégringole un par un les échelons professionnels et finit par atterrir au poste insensé de Dame Pipi! Faisant honneur aux codes de cet étrange pays du soleil levant, elle décide de ne pas démissionner et s’accroche vaillamment à son affectation avec tous les aléas qui en découlent…

L’histoire peut paraître un peu folle pour des occidentaux mais elle lève superbement le voile sur les us et coutumes de la hiérarchie nippone. Son côté décalé et accusateur a déjà donné lieu en 2003 à un très bon film interprété par Sylvie Testud. C’est aujourd’hui au tour de Layla Metssitane d’adapter ce roman pour la scène théâtrale en lui conférant un tout autre regard que celui de Mademoiselle Nothomb.
La pièce s’ouvre étonnement sur une femme vêtue d’une burka. Cloitrée dans cette oppressante prison de tissus noir, Layla Metssitane prend la parole. Tout en nous racontant scrupuleusement le mode de vie aliénant des jeunes japonaises, elle retire lentement son niqab et sa sombre tunique pour s’accaparer progressivement les traits blancs et délicats d’une belle nippone: Amélie San est soudain là, assise devant nous en combinaison, apparemment libre et maitresse de sa personne; pourtant, malgré la mise en avant de sa beauté et de son apparente modernité, cette concubine extrême-orientale est aussi captive que la musulmane: bien sûr, on la laisse se montrer publiquement, travailler, réfléchir, mais elle demeure entièrement soumise à une société patriarcale et misogyne.
Vous l’avez compris, l’adaptation de Layla Metssitane met l’accent sur la dénonciation des « femmes objets ». A travers un monologue d’une heure trente, elle se réaproprie le texte de Stupeur et Tremblements en insistant volontairement sur les devoirs conjugaux et les obligations avilissantes de la femme. La culture franco-marocaine de la comédienne, lui fait cependant jeter un lourd voile spirituel sur une histoire qui se contentait de rire cyniquement des carcans sociaux: l’ouvrage d’Amélie Nothomb montre en effet que les japonais excluent et humilient sans complexe tous les éléments pouvant être néfastes à leur système. Quelle analogie y a t-il donc avec la culture musulmane qui exclue la femme de la société, quelle que soit sa pensée ou son efficacité? La « soumission nippone » n’est pas la même chose car elle concerne les deux sexes et toutes les classes de la hiérarchie. Le propos de Layla Metssitane est donc intéressant mais trop décalé par rapport à l’oeuvre initiale. On apprécie néanmoins l’universalité de son combat contre la condition des femmes martyrs.
Concernant sa performance de comédienne, on ne peut nier son impressionnante maitrise du texte et de la mise en scène. On regrette cependant le manque de légèreté de cette interprète: très fidèle à la prose d’Amélie Nothomb, elle la porte avec trop d’emphase et lui confère une approche excessivement narrative. Layla Metssitane ne « joue » pas le texte, elle le « lit » au public: à travers sa diction récitative et sa gestuelle stylisée, on devine l’exigence qu’elle porte envers elle-même mais qui nuit, hélas, à la pièce. Il faudrait justement un peu lâcher prise, devenir plus ludique, plus aérienne, à l’exemple des personnages fous et délirants de l’univers nothombien. Le message passerait mieux…

Stupeur et tremblements
D’Amélie Nothomb
Adaptation, mise en scène et interprétation: Layla Metssitane

Théâtre de poche
75, boulevard du Montparnasse
Paris 14e

Jusqu’au 26 octobre 2014
Du mardi au samedi à 21h – Le dimanche 15h

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