fbpx

Les Cinq jours en mars de la Compagnie des Lucioles

par

Par Mélina Hoffmann – bscnews.fr/ L’OVNI de cette édition 2014 du Festival Off d’Avignon, c’était sans nul doute cette adaptation déjantée du texte de Toshiki Okada ‘Cinq jours en mars’ (qui aurait tout aussi bien pu s’appeler « Cinq jours sur Mars » d’ailleurs !) .

Sur scène, 7 comédiens sont côte à côte, chacun habillé des pieds à la tête dans une couleur différente, assis sur une chaise assortie à sa tenue. Au sens propre comme au figuré, ils donnent le ton ! L’un d’eux bouquine, un autre écoute de la musique dans ses écouteurs, une se remaquille, un autre sirote un verre… Rien ne se passe, le silence s’est installé dans la salle… Le spectacle a-t-il déjà commencé ?

L’histoire est celle de deux jeunes gens qui se rencontrent lors d’un concert à Tokyo, et qui décident de s’abstraire du monde en s’enfermant pendant cinq jours entiers dans un « love hotel » du quartier de Shibuya. Cinq jours hors du temps, durant lesquels ils s’abandonnent à leurs désirs les plus primaires, loin d’une réalité qui n’a rien de meilleur à leur offrir. Cinq jours au cours desquels les Etats-Unis déclarent la guerre à l’Irak.

L’oeuvre de Toshiki Okada est une réflexion sur la société japonaise et sa jeunesse désorientée, que la Compagnie des Lucioles a pris la liberté de rendre plus universelle. C’est un voyage intérieur qui semble parfois dépasser les frontières du réel, qui trouble et interroge. Une suite de tableaux abstraits qui nous plongent de manière parfaitement décalée dans le quotidien de ceux qui appartiennent à la « génération Y », qui regroupe les personnes nées à l’aube de l’ère de l’informatique et de l’instantané, entre 1978 et 1994. Une génération pour laquelle tout est facilement accessible, d’un simple clic, mais qui doit composer avec des conditions de vie difficiles, un manque de repères, et qui a bien du mal à trouver un sens à son existence. Les sept comédiens interprètent différents personnages pour nous raconter ou nous faire vivre ces 5 jours, tels qu’ils se sont passés au dedans comme au dehors du love hôtel. Les corps s’animent, s’expriment avec une énergie redoutable au coeur d’une mise en scène riche, originale et inventive qui fait la part belle aux jeux d’ombres et de lumière, aux couleurs, aux accessoires, et qui n’hésite pas à aller au-delà de la scène. Ca déborde, ça explose, ça fuse dans tous les sens, et on a parfois du mal à s’y retrouver, on perd le fil, mais on se laisse néanmoins agréablement porter et surprendre par tout ce qui se déroule sur scène et qui tend à faire passer l’histoire en elle-même au second plan. On adore ou on déteste, mais une chose est sûre : de ces cinq jours-là on ne pourra que se souvenir !

Cinq jours en mars
De Toshiki Okada
Mise en scène : Jérôme Wacquiez
Avec Charlotte Baglan, Alice Benoit, Flora Bourne-Chastel, Christophe Brocheret, Nicolas Chevrier, Florient Jousse, Makiko Kawai

Du 5 au 27 juillet à l’espace Alya, à Avignon
En tournée 2015-2016

Plus d’informations sur le site de la compagnie : ICI

Copyright photos : Ludovic Leleu/CR de Picardie

A lire aussi:

Un mariage follement gai : un spectacle drôle et caustique

La peur : le thriller amoureux entêtant d’Elodie Ménant

Le cancre : un bulletin sans appel

Vivre ! : une pièce plus convaincante sur la forme que sur le fond

Tu mendieras tant : un conte moderne à la distribution inégale

Laissez votre commentaire

Il vous reste

0 article à lire

M'abonner à