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Les Fiancés de Loches: une truculente partition de Feydeau

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Par Florence Gopikian Yérémian – bscnews.fr/ Il semblerait que le répertoire de Georges Feydeau soit inépuisable! Pas une semaine ne se passe sans que l’une de ses pièces ne soient à l’affiche: après le succulent Occupe-toi d’Amélie au Théâtre 14 et Chat en poche aux Artistic Athévains, c’est à présent au tour des Fiancés de Loches de prendre place dans le bel écrin du Théâtre du Palais Royal.

Mis en scène par Hervé Devolder, cette pièce légère et truculente nous raconte la montée à Paris de trois provinciaux bien décidés à y trouver de nobles partis. Au lieu de s’adresser à une agence matrimoniale, ces pauvres roturiers tombent sur une agence de placement et se retrouvent parachutés malgré eux comme valet de chambre, maître d’hôtel et cuisinière au service d’un psychiatre!
Dans cette excellente adaptation, tous les ingrédients propres aux vaudevilles de Feydeau sont mis à la disposition du public: une poignée de tromperies, un paquet de quiproquos, une avalanche de bons mots et des brassées de rires. Transposant la pièce en opérette, Hervé Devolder et Jacques Mougenot ont eu la bonne idée de transformer le texte initial en couplets chantés et d’y rajouter une partition mélodique. On se retrouve ainsi face à une comédie musicale hors du temps où neuf acteurs de grand talent poussent la chansonnette comme de gais lurons.
La farandole s’ouvre en compagnie des confrères d’agences, Messieurs Plucheux et Séraphin, tous deux accoutrés de ridicules costumes à carreaux. Apparait ensuite le Docteur Saint Galmier (Arnaud Denissel) et son flegme désarmant: le cheveu plaqué et la mine élégante, ce psychiatre de pacotille se fait passer pour un colonel auprès d’une danseuse, trompe sa promise avant même de l’avoir épousée et graisse la patte de son entourage afin de faire avancer son libidineux manège. Embobinée par ce grand coq plein d’assurance, la belle Michette (Charlotte Filou) séduit, de son côté, toute l’assistance: parée d’un bustier pigeonnant, de collants verts émeraude et d’une robe à faux cul, cette superbe cocotte n’a pas plus froid aux yeux qu’ailleurs: levant la cuisse pour un cancan ou chantant à tue-tête pour nous faire part de ses humeurs, elle est aussi vive que caractérielle!
Face à ce panel de parisiens menteurs et dévergondés, le trio de provinciaux tout droit débarqué de Loches contraste du tout au tout: Laure (Christine Bonnard) ressemble à une brave godiche aux yeux ronds, Eugène (Franck Vincent) possède un bagou aussi impressionnant que son embonpoint, quant à Alfred le migraineux (Adrien Biry-Vicente), il incarne un groom des plus cocasses qui n’hésite pas à déclarer son fol amour à une octogénaire ou à se retrouver en grenouillère orange au beau milieu d’un salon bourgeois. Chamboulés par les moeurs et le rythme expéditif de la ville, ces pauvres Lochois sont aussi patauds les uns que les autres mais ils se surpassent particulièrement lorsqu’ils se mettent à danser la bourrée en godilles ou quand ils finissent à l’asile pataugeant cul nul dans d’immenses baignoires thérapeutiques!
De méprises en coups de théâtre, cette pièce doit beaucoup à sa très belle distribution d’artistes qui usent avec profusion d’humour et d’autodérision.
Les fiancés de Loches? Une comédie légère et délicieusement insolente, comme doit l’être un bon Feydeau!
Bravo encore aux trois musiciens présents sur la scène ainsi qu’au costumier Jean-Daniel Vuillermoz qui habille tout ce beau monde de textures et de coloris bariolés dans un esprit très « Belle Epoque ».

Les fiancés de Loches
Comédie musicale d’après l’oeuvre éponyme de Georges Feydeau
Mise en scène et musique: Hervé Devolver
Adaptation et couplets: Jacques Mougenot
Avec: Christine Bonnard, Charlotte Filou, Clara Hesse, Claudine Vincent, Adrien Biry-Vicente, Arnaud Denissel, Fabrice Fara, Patrice Latronche, Franck Vincent

Au Théâtre du Palais Royal au printemps 2014
38, rue de Montpensier – Paris 1er
Métro: Palais Royal, Bourse, Pyramides

www.theatrepalaisroyal.com

Reprise ! Du 19 juin au 15 août 2015 !

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