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Suzanne : un discours militant pour la parité

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Par Florence Gopikian Yérémian – bscnews.fr/ Suzanne est issue du milieu juridique. Agrégée de droit public, chercheuse et professeur émérite, elle est surtout très attachée aux réalités sociales, au progrès démocratique et à l’émancipation des femmes.

Son parcours est fait de labeur et de militantisme, mais il est surtout échelonné de rencontres qui ont poussé Suzanne vers une quête, celle de l’égalité. Oh, pas une égalité braillée à travers un énième slogan de propagande, non! Une véritable égalité à tous les niveaux et précisément entre l’homme et la femme.
Depuis Mai 68, le terme de « parité » est brandi à chaque élection par les clans du corps politique mais cela demeure bien évidemment un leurre: en France la parité est quasi intouchable. Il suffit d’ouvrir les yeux: dès que l’on s’approche des strates du pouvoir, il y a pénurie de femmes. Ces dames françaises n’arrivent pas à percer le plafond de verre et si elles y parviennent, elles s’identifient en tout au modèle masculin: leur titre est masculin, leur comportement est masculin, sans parler de leur allure!
Suzanne est opiniâtre, elle n’aime pas les femmes victimes et n’est pas prête à arrêter ce combat de longue haleine. Dans les universités, au sein des ministères et à présent sur les planches, elle poursuit coûte que coûte son cheminement idéologique afin que la parité ne demeure plus un concept abstrait.

Ce spectacle conçu et interprété par la talentueuse Laurence Février ne ressemble en rien à une oeuvre théâtrale. Issu d’un entretien réalisé par l’auteur auprès de la vraie Suzanne – Francine Demichel -, il tient d’avantage du débat socio-politique et nous expose la bataille idéologique de cette femme juriste. « Suzanne », ce n’est pas une pièce, c’est un plaidoyer, voire un cours magistral où la comédienne disserte face au public en s’appuyant sur des lois, des réflexions et des propos provenant d’autres femmes remarquables telles que Françoise Giroud, Simone Veil ou Edith Cresson
Dans ce discours à la première personne, l’attitude de Laurence Février est professorale: elle ne parle pas au public, elle lui enseigne! Avec son bagou juridique, elle convainc le spectateur de ses partis pris mais on aimerait qu’elle soit plus incisive : ses analyses sont pointues et sa vision du droit fort critique, mais son exposé est trop constant, trop linéaire pour secouer les spectateurs ou les faire réagir. En tant qu’universitaire, la « vraie Suzanne » a pourtant gardé son droit à la libre pensée et devrait nous l’exposer de façon plus subversive. Pétrie de convictions mais bercée d’illusions, elle fait l’éloge de la parité et d’une société utopique basée sur le partage et les valeurs humaines. A travers ses paroles, on la devine nostalgique de sa période communiste : il faut dire que vingt ans au sein du PC, ça vous change une vie! A ses yeux, le monde politique d’aujourd’hui manque totalement de foi et de transgression: les jeunes prennent une carte de parti et crient leur révolte sur des réseaux sociaux, bien planqués derrière leurs ordinateurs! Cela est vrai : les militants actuels ne sont plus exaltés mais ils n’en sont pas pour autant résignés. Peut-être se taisent-ils parce qu’ils sont devenus plus lucides que les anciennes générations? D’un autre côté, peut-être ne souhaitent-ils plus se laisser bercer d’illusions pour ne pas être déçus ? Et si, tout simplement, ils manquaient de « Suzannes » pour leur montrer la voie et les enflammer?

Suzanne? Une communiste dans l’âme, une féministe à sa façon, mais surtout une femme remarquablement humaine à l’exemple de son interprète, Laurence Février.

Suzanne: une femme remarquable
Un spectacle de et avec Laurence Février

Théâtre du Lucernaire
53, rue Notre Dame des Champs – Paris 6e

Jusqu’au 5 juillet 2014
Du mardi au samedi à 20h
Le dimanche à 15h

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