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Le cavalier seul : une étrange épopée qui ramène enfin Marina Vlady sur les planches!

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Par Florence Gopikian Yérémian – bscnews.fr/ Au temps des croisades, un valeureux paysan nommé Mirtus quitte sa province natale pour se rendre à Jérusalem.

Dans sa quête mystique vers le Saint Sépulcre, cet audacieux cavalier occidental, va croiser moult donzelles, faire halte à Byzance, côtoyer le Calife du Caire et finir sa route face à un miséreux étrangement coiffé d’une couronne d’épines… A travers ce long parcours solitaire et initiatique, Mirtus remettra en cause bien des croyances et des idéologies tant sur la morale chrétienne que sur les coutumes orientales.
A l’exemple du texte de Jacques Audiberti, la mise en scène du Cavalier Seul est tripartite: trois lieux, trois actes, trois traditions s’y côtoient. On découvre d’abord l’Occident du XIe siècle avec son église belliqueuse, prête à assassiner un village pour quelques pâturages ou à tuer tous les infidèles afin de mettre la main sur de vieux morceaux de la Sainte Croix. Dans la lignée de ce christianisme violent et apocryphe, l’Empire de Byzance et son autocrate Théopompe III ne font pas mieux : leur somptueux royaume d’Orient déborde bien de richesses mais les coutumes ancestrales et les superstitions qui y perdurent sont si pesantes que les souverains sont prêts à se débarrasser de leurs pouvoirs pour les céder au chevalier Mirtus. La troisième étape de cette longue croisade est aussi illusoire que les précédentes: en effet, avant d’atteindre Jérusalem, le cavalier met le pied en terre musulmane. L’accueil du Grand Calife et de ses fidèles est d’un fanatisme et d’une convivialité si hypocrite qu’il nous fait songer à une mascarade digne d’un baiser de Judas…
Dans cette confrontation baroque et avant-gardiste entre l’Orient et l’Occident, l’auteur nous révèle qu’en fin de compte, tous les grands empires et les croyances de ce monde se valent: les chrétiens versent le sang à la moindre anicroche, les byzantins abusent de grigris et s’entérinent sous leur faste, quant aux musulmans, ils empalent à tout va en pliant aveuglément l’échine sous la parole d’Allah.

Afin de mettre en scène ce discours lucide et toujours d’actualité, Marcel Maréchal a choisi son fils, Mathias, pour incarner le beau et fougueux chevalier Mirtus. Avec sa stature colossale et sa vigoureuse prestance, le jeune Maréchal a effectivement de quoi séduire toute l’assistance. Son arrogance est cependant un peu trop vorace, trop insistante, au point que sa rébellion scénique finit parfois par nous agacer. En contrepoint, Marcel-Maréchal-Père se complait à jouer les histrions : passant du rôle d’un laboureur servile à celui d’un calife des plus bêtas, il nous fait rire de bon cœur et n’hésite pas à s’enrouler dans des étoffes ridicules avec une cruche en guise de chapeau pour interpréter de surcroît Théopompe le Byzantin. Face à lui, Marina Vlady contraste tant par sa grâce que par sa sempiternelle beauté: qu’elle représente une paysanne aux cheveux couleur de neige, une Reine de Byzance lumineusement vêtue de rouge carmin ou la Vierge elle-même chastement voilée aux pieds de son fils, il émane de cette comédienne iconique un talent constant et une indicible douceur.
Sur la scène du Théâtre 14, une foule d’acolytes, de patriarches et de thérapeutes déambulent autour de ce triptyque de grands acteurs. Parmi eux se distingue Emmanuel Dechartre (en pauvre Christ déguenillé) ainsi que le comédien Antony Cochin : paré d’une toge ostentatoire et d’une énorme choucroute capillaire, il adopte avec beaucoup d’humour les traits d’un apothicaire totalement loufoque. Au coeur de ce grand ballet burlesque, ressort néanmoins un véritable danseur : beau comme un Nijinski oriental, le jeune Julian Peres abuse avec délice de son charisme. Aussi lascif qu’aérien, il nous offre un Klassikos aux cheveux de jais débordant de vénusté.
Malgré cette belle distribution, la pièce possède une certaine lourdeur. Cela est peut-être dû au cumul des thématiques contestataires qui ne cessent de s’y enchainer. Audiberti s’élève en effet contre tout ce qui lui passe sous la plume: ses écrits sont contre l’église, contre l’intolérance, contre la guerre, contre l’aveuglement du genre humain… certes ces vérités sont bonnes à clamer mais le choix du langage doit leur correspondre. La langue audibertienne possède un côté chaotique et proche de l’absurde qui nous déstabilise plus qu’elle ne nous convainc: d’une sentence à l’autre, son verbe peut être aussi cru que lyrique, aussi poétique que vulgaire, ce qui fait que ses personnages ne savent plus s’ils doivent se cacher derrière des simagrées ou faire preuve de noblesse et de stoïcisme. Ce mélange de comique, de classicisme et de saillies contemporaines finit par créer une oeuvre singulière à mi-chemin « entre la philosophie et la saloperie ».
A vous de voir si vous souhaitez en rire ou la prendre au sérieux…

Le cavalier seul
de Jacques Audiberti
Mise en scène: Marcel Maréchal
Avec Marina Vlady, Marcel Maréchal, Emmanuel Dechartre,Antony Cochin, Michel Demiautte, Nassim Haddouche, Mathias Maréchal, Céline MartinSisteron, Julian Peres.

Théâtre 14
20, avenue Marc Sangnier – Paris 14e
Métro: Porte de Vanves

Du 22 mai au 5 juillet 2014
Mardi, vendredi et samedi à 20h30
Mercredi et jeudi à 19h
Samedi à 16h
Réservations: 0145454977

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