fbpx

Avec la Compagnie Tutti Quanti: Place au Roi Nu et à la métamorphose théâtrale!

par

Par Florence Gopikian Yérémian – bscnews.fr/ Crédit-photo : Pauline Miko/ Imaginez une exquise princesse avec sa robe blanche, un porcher amoureux lui chantant des ritournelles et un père hystérique souhaitant à tout prix que sa fille épouse un grand Roi à la place d’un pitoyable éleveur de porcs. Peu importe que ce futur mari soit gros, gras et stupide, l’important est de faire une belle alliance dans la pure tradition des mariages de haute lignée. La princesse Henriette est donc envoyée séance tenante auprès de son horrible promis. Entourée de soubrettes et de chaperons, elle parvient heureusement à trouver mille et un stratagèmes pour ne pas se soumettre à cette tyrannie. Aidée de son cher porcher, elle réussira à se défaire du véto paternel et laissera triompher le pouvoir de l’amour.

Cette fable écrite en 1934 par l’écrivain russe Evgueni Schwartz est un condensé de trois contes d’Andersen: La Princesse au petit pois, le Porcher et le Roi nu. Dans l’histoire originale, près de cinquante personnages sont successivement mis en scène et c’est avec panache que la Compagnie Tutti Quanti les fait revivre sur les planches du Théâtre 13. Durant près de deux heures, vous allez voir défiler de braves cochons, des ministres hypocrites, une gouvernante despotique (excellente Olivia Lamorlette!) et des dames de compagnies dansant la farandole. Emportés dans un rythme effréné, les sept comédiens vont tour à tour interpréter les protagonistes de cette comédie burlesque en se métamorphosant sous les yeux du public. Le geste rapide, la parole légère et l’esprit totalement décalé, ils vont poétiquement vous faire voyager dans une contrée abracadabrante portée par le miracle de l’imagination.
Avec ses yeux cristallins et son visage de madone, Violette Mauffet prête magnifiquement ses traits à la princesse Henriette. Fine et pétillante, elle construit subtilement son rôle autour du répertoire de la jeune fille romantique en quête d’amour et de liberté. A ses côtés, Charly Labourier incarne avec allégresse son chevalier-porcher: la moustache fine et le cheveu frisotant, il court partout, s’arme de sa guitare, pousse la chansonnette et se démène vaillamment pour délivrer sa dulcinée. Le père d’Henriette est, quant à lui, interprété avec beaucoup de singularité par Mansour Bel Hadj. Malgré l’autoritarisme qui incombe à son profil de dictateur, il joue les géniteurs imbéciles et confère à sa figure paternelle un comique tiraillé entre un accent allemand des plus austères et une langue fourmillant de sonorités orientales.
On adore toute la troupe de ce spectacle à plusieurs voix, mais l’on a tout de même un petit faible pour Julien Jacob qui personnifie jubilatoirement le Roi Nu. Dès le début du récit, on le repère, travesti en baronne aux yeux ronds ou dissimulé sous les traits grotesques d’un chambellan aboyant. Son attitude loufoque et son regard hypnotique sont de tels déclencheurs de rire que l’on guette ses faits et gestes à chacun des actes. Le summum arrive bien évidemment lorsqu’il se transforme en Roi et doit se défaire de ses vêtements: sa mise à nu est hilarante et le fait ressembler à une « superbe volaille en majesté ».
Vous l’avez compris: c’est avant tout l’humour qui domine cette pièce si bien portée par l’instinct et le caractère enjoué de chacun des artistes. Bien que le texte d’Evgueni Schwartz aie été, à l’époque, perçu comme une critique du nazisme ou du stalinisme, ce n’est nullement cette approche politique qui prévaut dans cette adaptation. Il y a certes quelques sentences déclamées derrière de petites moustaches « à la Adolf », qui font des allusions à l’arianisme ou à la suprématie d’une race pure, mais dans cette cocasse mise en scène de Léa Schwebel, c’est incontestablement le rire qui l’emporte sur la satyre des totalitarismes !
Le Roi Nu? Une comédie familiale superbement régentée par une troupe puissante, talentueuse et imaginative.

Le Roi nu
Texte d’Evguéni Schwartz
Mise en scène Léa Schwebel
Avec: Julien Jacob, Mansour Bel Hadj, Olivia Lamorlette, Solen Le Marec, Amandine Marco, Violette Mauffet et Charly Labourier en alternance avec Régis Vallée.

Théâtre 13 – Jardin
103 A, boulevard Auguste Blanqui – Paris 13e
Métro Glacière

Du 13 mai au 22 juin 2014
Réservations: 0145886222

A lire aussi:

Nadia Roz : un petit bout de femme qui dynamite la salle

« Mais c’est absurde »? : Encore plus irrationnel que Ionesco!

Le Legs? Jusqu’à présent Marivaux était divertissant, avec Bernard Menez il devient résolument comique!

Royale Légende? Une pièce épistolaire entre Marie-Antoinette et le Chevalier d’Éon

Laissez votre commentaire

Il vous reste

0 article à lire

M'abonner à