fbpx

Le Legs? Jusqu’à présent Marivaux était divertissant, avec Bernard Menez il devient résolument comique!

par

Par Florence Gopikian Yérémian – bscnews.fr/ Un tendre Marquis dans son grand âge est amoureux d’une Comtesse. La dame l’aime en retour seulement voilà, il y a anguille sous roche ou plutôt, il y a « héritage sous le macchabée » ! En effet, le Marquis ne peut recevoir le legs promis par un défunt que s’il en épouse une autre… qu’il n’aime point.

Amour et argent n’ont jamais fait bon ménage chez Marivaux et dans cette charmante historiette, c’est une fois de plus l’Amour contrarié qui mène la danse.
La pièce, mise en scène par Marion Bierry, prend place sur une petite scène ayant pour décor une toile galante peinte à la façon du XVIIIe siècle et une escarpolette tout droit sortie d’un tableau de Watteau. Le rôle-titre du Marquis – aussi avare qu’amoureux – revient à Bernard Menez. Affublé de chausses dépareillées, il déborde de jabots et porte la mouche aristocratique avec une distinction des plus cocasses. Passé maître dans l’art de la caricature, l’acteur se régale en accentuant la timidité et le grotesque de son personnage. Par delà ses mimiques excessives, il se compose un visage saugrenu: le nez vaillant et les joues ballantes, Menez oscille entre le ménestrel et le galant désabusé. Afin de faire comprendre à la Comtesse sa tendre inclination, il soupire lourdement, se déhanche tel un nigaud et bredouille à tout va ses ferventes pensées. L’œil chagrin comme celui d’un cocker, il jappe parfois en aparté et n’hésite pas à pousser gauchement la chansonnette pour séduire la belle. Sa maladresse est aussi amusante que celle de la Comtesse interprétée par l’imposante Valérie Vogt. De son jeu ample et généreux, cette excellente actrice confère à son rôle une grâce enfantine accompagnée d’une plaisante bonhomie. L’esprit pétillant et impulsif, elle chicane, adore se faire prier et malgré l’âge avancé de son personnage, elle s’enflamme comme une chaste pucelle au moindre regard de son prétendant !
Autour de ce vieux couple, burlesque à souhait, déambulent « la promise » incarnée par une Marion Bierry pleine de malice, son amant (un brin trop discret) ainsi qu’un jeune tandem de serviteurs débordant d’assurance : Estelle Andrea joue Lisette, une chaste soubrette à la bouche pincée et au ton revêche, tandis que Sinan Bertrand lui fait la cour en prenant les traits sensuels du fougueux Lépine. Le jeu amoureux mené entre cette prude et ce laqué épicurien apporte beaucoup de fraicheur et d’allégresse à la pièce d’autant plus que ces deux comédiens sont aussi de véritables chanteurs lyriques. Lorsqu’ils entonnent en cœur les précieux sonnets de Ronsard aux côtés des ritournelles dissonantes de Bernard Menez, on a l’impression d’être face à une opérette complètement décalée. Une certitude demeure cependant : Menez ne sait toujours pas chanter mais il sait fort bien nous faire rire et parvient à transformer une œuvre de Marivaux en un surprenant opéra comique !

Le Legs de Marivaux & Sonnets de Ronsard
Avec Bernard Menez, Valérie Vogt, Marion Bierry, Gilles Vincent Kapps, Estelle Andrea et Sinan Bertrand
Mise en scène Marion Bierry

Théâtre de Poche Montparnasse
75 boulevard du Montparnasse – Paris 6e
Réservation : 0145445021

A lire aussi:

Royale Légende? Une pièce épistolaire entre Marie-Antoinette et le Chevalier d’Éon

Monsieur Belleville : un passant pas comme les autres

Les mouettes d’Étretat: une histoire de Mektoub entre liberté et justice

Passion simple : Plaisir masochiste

Thé à la menthe ou t’es citron ? : du grand Boulevard à consommer sans modération

Laissez votre commentaire

Il vous reste

0 article à lire

M'abonner à