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Monsieur Belleville : un passant pas comme les autres

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Par Elodie Cabrera – bscnews.fr/ Qui est Monsieur Belleville ? Un homme en errance, un saltimbanque mal froqué ? Celui qui prête à sourire lorsqu’on l’aperçoit ? Le temps d’une pièce, et même de deux, la Compagnie des Treizièmes nous emmène à la rencontre de cet anonyme qu’on a tous forcément croisé.

Il y a de ça quatre ans, Monsieur Belleville est né dans l’esprit de son créateur, Thibault Amorfini, auteur d’un ouvrage éponyme devenu désormais une pièce en deux actes. Jusqu’au 13 juillet 2014, au théâtre de Belleville, se joue le premier volet de cette fable urbaine. Elle sillonne la célèbre artère de Paname avec à son coude un énergumène qui dégage une légère fragrance d’alcool et de tabac. « Monsieur Belleville est un atypique un peu en marge de la société comme il y en a partout, des gens qui ont des fulgurances de vie », glisse l’auteur, cheveux en bataille et petite moustache. Sur scène, il interprète cette figure du quartier avec brio et nous conte quatre saisons. Une année d’histoires loufoques, drôles et poétiques : des rencontres fortuites et houleuses avec un nain déguisé en Père Noël, une braqueuse de bonnes manières dénommée Lola et autres comparses de bitume. La folie de l’anonymat et du va-et-vient incessant de la ville, qui agit comme un filtre monochrome, disparaît et nous révèle la poésie urbaine, celle que nous avons trop tendance à oublier. La compagnie des Treizièmes rend hommage à ces fous, pleins de trous dans la tête, dont les mots fusent, s’écorchent et s’associent sans motifs apparents. Des génies étourdis incarnés par des comédiens aussi talentueux qu’émouvants. Après la pièce, on peine à regagner la terre ferme. L’esprit marche de travers et les pieds pensent droit devant, mais étrangement, les choses semblent enfin à leur place.

Une histoire de quartier
Dans ce diptyque théâtral, la vidéo est un personnage en-soi qui prend corps sur deux écrans : le premier occupe tout le fond de la scène et projette des images de la rue de Belleville ; le second, plus petit, donne la réplique aux acteurs filmés en amont des représentations. « Tout a été pensé pour que le spectateur soit immergé dans la rue de Belleville », explique Thibault. C’est ainsi qu’il a fait appel à son amie Brigitte Sy, célèbre réalisatrice, pour la mise en scène. « L’idée d’introduire la rue sur la scène d’un théâtre m’est apparue comme une évidence, assure la grande dame derrière ses lunettes bleues. J’ai apporté mon regard et mon expérience sur la manière dont la vidéo s’insère dans les arts vivants, comment un corps évolue au contact d’une image projetée et filmée.» De la rue Dénoyez aux « Folies », le spectateur se balade virtuellement dans un décor qui se trouve aux portes de la salle. Pourtant, le théâtre de Belleville n’existait pas encore lorsque Thibault a donné vie à son personnage. Hasard ou providence, cette pièce s’est construite grâce à de nombreux coups de pouce.
Au fil de la création, monteurs, amis, comédiens et volontaires se sont laissés séduire par le récit. Comme Aurore Juin qui a composé toutes les musiques et chansons du spectacle, de coquettes mélodies qui vous trottent dans la tête. La fine équipe a voulu rendre hommage à son quartier, déclarer son amour à cette avenue abrupte : « Elle a bouleversé ma vie, m’a construit, confie Thibault Amorfini qui bat le pavé bellevillois depuis presque neuf ans. C’est un peu comme un village, on croise toujours quelqu’un qu’on connaît ». Brigitte Sy partage le même attachant à ce quartier « cosmopolite où l’on peut traverser cinq continents dans la même journée ». À travers ce spectacle, tous deux saluent Alain Pric, un de leurs amis disparu. Il paraît que Monsieur Belleville lui ressemble un peu. Si vous le croisez, ne changez pas de trottoir. Laissez le vous narrer son histoire.

MONSIEUR BELLEVILLE
Texte, vidéo et idée originale : Thibault Amorfini
Mise en scène : Brigitte Sy
Avec Thibault Amorfini, Ludovic Lamaud ou Erwan Daouphars, Céline Groussard ou Hélène Viviès

Théâtre de Belleville – Paris – DU MERCREDI 30 AVRIL AU DIMANCHE 13 JUILLET

du mercredi au samedi à 19h15 > jusqu’au 31/05
du mardi au samedi à 21h15 > à partir du 03/06
le dimanche à 20h30
(Relâches les 25 mai ; 14, 20, 24, 29 juin )

Durée du spectacle 1h15

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