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Maman dans le vent : de la souffrance du deuil à la résilience 

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Par Florence G.Yérémian – bscnews.fr / L’histoire commence par un voyage au bord de la mer. Oh, pas n’importe quel voyage, un voyage entre père et fille, un voyage fait pour oublier…

Entre les grains de sable d’une plage déserte et la morosité d’un ciel plombé, il faut tenter d’oublier maman qui vient de mourir… Mais comment faire lorsque l’on est une enfant qui refuse d’y croire? Comment faire face à un père qui sombre jour après jour comme un bateau ivre? A travers leurs cris révoltés et leurs discussions tristes, ces deux âmes à la dérive vont tenter de s’agripper l’une à l’autre afin de rester en vie. Solidaires dans leur douleur, père et fille vont ainsi partir en quête d’une falaise suffisamment haute pour y jeter des cendres et parvenir enfin à faire le deuil de cette mère tant aimée.
Le texte de cette courte pièce (50 minutes) détient une belle sensibilité: les acteurs s’y parlent à demi-mots, ils jouent sur les assonances et se réfugient sans cesse auprès des sensations grisantes que leur apporte la nature. Parallèlement à ce langage allégorique, le dispositif scénique mis en place par Jacques Descorde est également intéressant: par le biais de spots, de néons et de veilleuses, il nous entraine au sein d’une multitude de lieux évoluant au fil des quinze journées du récit. Entre une chambre d’hôtel, un restaurant rempli de vieux British et une plage blanche à l’eau glacée, on partage le calvaire du père et de son enfant qui ne cessent de se heurter pour mieux se retrouver. A la fois mutine et désespérée, la juvénile comédienne Solenn Denis apporte une grande innocence à son personnage d’adolescente. De sa petite voix fluette et impatiente, elle récite des poèmes, chuchote sa détresse et tente de mettre en mot ses songes les plus fous. Lorsque la douleur perce à la surface de son cœur fragile, elle devient tout autre et se met alors à taper du poing ou à danser pour évacuer ses angoisses le plus loin possible. A ses côtés, Jacques Descorde la laisse faire en s’appropriant les traits de son père. Pudique et silencieux, il suffoque, pleure de l’intérieur et maudit son impuissance face au destin qui les accable.
Avec finesse et sobriété, cette œuvre parle de la force qu’il faut avoir pour continuer à vivre au-delà de la mort d’un être cher. Une pièce mélancolique, sauvée par les ruses et les rires d’une enfant…

Maman dans le vent
Texte et mise en scène de Jacques Descorde
Assisté de Nadège Cathelineau
Costumes de Valérie Paulmier
Avec Solenn Denis et Jacques Descorde

Théâtre le Lucernaire
53, rue notre Dame des Champs – Paris 6e

Jusqu’au 4 juin 2014

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