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On attend tous Godot…Mais qui est-il ?

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Par Florence Gopikian Yérémian – bscnews.fr/ Vladimir et Estragon sont deux drôles de vagabonds. Le premier est enthousiaste, aérien; le second, à l’inverse, ne cesse de grommeler et de se plaindre de ses chaussures trop petites. Ensemble devant un arbre, ils doivent attendre un certain Godot qui leur a promis de venir le soir même. Pour ne pas sentir les heures passer, les deux larrons discutent, parlent de la Bible et se racontent leurs souvenirs. Tels deux gamins inséparables, ils évoquent leurs joies autant que leurs cauchemars et se fâchent aussi rapidement qu’ils se raccommodent.

Mais le temps se fait long. Didi et Gogo commencent à tourner en rond et réalisent que rien ne se passe. La seule façon de tenir est d’écouter bruisser les feuilles ou de meubler futilement la conversation. Englués dans leur ennui, ils en perdent la notion des jours, des lieux et songent même à se pendre ! Après tout, ces deux clowns tristes n’ont rien à perdre: ils n’ont pas de toit, pas de famille, pas vraiment de rôle à tenir sur cette terre. Certes, ils appartiennent à la rue, mais ils ont perdu quasiment toute leur humanité…
C’est alors qu’apparaît Pozzo, un bien étrange personnage. Affublé d’un ridicule chapeau et de lunettes noires, cet homme arrogant incarne à lui seul la méchanceté et la bêtise humaine. Se positionnant en Maitre, il tient fièrement Lucky en laisse, un va-nu-pieds qui lui sert d’esclave. Écumant de fatigue et pliant sous la douleur, le pauvre hère se cache sous ses cheveux d’épouvantail sans prononcer un seul mot.
Face à une telle détresse, Vladimir et Estragon réalisent soudain que leur situation terrestre pourrait être pire…. De toute évidence, cet esclave est bien plus malheureux qu’eux. Et qu’en est-il de cet horrible Pozzo qui dissimule une souffrance évidente derrière ses grimaces de dominateur? En vérité, c’est à se demander qui est le plus désespéré de ces quatre quidams!
C’est avec humour et réalisme que les comédiens mis en scène par Jean-Claude Sachot interprètent cette célèbre pièce de Beckett. Leur quatuor est d’une très grande justesse malgré l’avalanche de situations absurdes et irrationnelles que contient cette œuvre. Dominique Ratonnat insuffle à l’aimable personnage de Vladimir un optimisme intarissable : avec cette petite étincelle qui illumine en permanence son regard, il s’accapare de suite l’attachement du public. A ses côtés, Philippe Catoire nous offre un Estragon des plus bourrus : de sa voix caverneuse pétrie de mauvaise foi, il parvient à nous agacer autant qu’il nous fait rire. Face à ces deux Charlot solidaires, le colossal Jean-Jacques Nervest incarne un Pozzo complètement aliéné : bien qu’il vocifère un peu trop, l’acteur possède la diction fanatique et l’œil fou qui conviennent à son personnage. A ses pieds, le singulier Vincent Violette semble, quant à lui, être physiquement constitué pour endosser les traits du misérable Lucky : sa silhouette est si décharnée et son regard si vide qu’il nous fait résolument pitié !
Cette pièce est une réflexion baroque et saugrenue sur la solitude, la domination et le temps qui passe ou ne passe pas. A travers l’aberration de ses situations et ses protagonistes, elle nous invite à cogiter sur l’existence terrestre de chacun d’entre nous en attendant l’arrivée hypothétique de ce Godot. En fin de compte, on se demande qui il est : un messie, un Dieu à barbe blanche ou tout simplement un sens à donner à la vacuité de notre existence?
En attendant Godot ? Une partition totalement absurde : on aime ou on déteste !

En attendant Godot
Mise en scène : Jean-Claude Sachot
Avec : Philippe Catoire (Estragon), Jean-Jacques Nervest (Pozzo), Alain
Prétin ou Dominique Ratonnat en alternance (Vladimir), Vincent Violette (Lucky)

En mars et avril 2014 auThéâtre du Nord Ouest
13, rue du Faubourg Montmartre – Paris 9e
Métro : Grands Boulevards

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