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Scapin ? Une fourberie inachevée!

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Par Florence Gopikian Yérémian – bscnews.fr/ En ces temps de crise, il semblerait que les scénaristes et les compagnies théâtrales ne soient vraiment pas épargnés. Tandis que le théâtre de l’Essaïon nous offre un « Duo » pour Dom Juan, celui du Lucernaire rivalise en proposant un « Solo » pour Scapin !

Blague à part, l’idée de mettre en scène un acteur unique pour nous faire imaginer toutes les fourberies possibles, est originale et fort audacieuse. Interprété par Hervé Devolder, ce Scappino solitaire a bel et bien décidé de s’accaparer égoïstement l’ensemble de la farce du grand Molière. Conservant ses ruses et l’intégralité de son texte, ce drôle de valet exerce toujours le même office: faire fléchir deux vieux pères (Argante et Géronte) face aux amours insensés de leurs progénitures (Octave et Léandre)
Dans cette mise en scène singulière, il faut savoir que tout est virtuel à l’exception de Scapin. À défaut de pouvoir évoluer dans un dispendieux décor napolitain du XVIIe siècle, Hervé Devolder s’amuse préalablement à nous le décrire : port de pêche, ciel bleu, belles architectures … une fois le lieu mis en place, apparaissent les protagonistes: Octave, Léandre ou la belle Zerbinette font ainsi successivement leurs entrées et prennent vie dans notre imaginaire à travers les seules répliques de Scapin. Dans ce monologue fantaisiste aux partenaires chimériques, c’est donc à nous, spectateurs de deviner les choses, quitte à perdre pied si l’on ne maitrise pas vraiment l’intrigue de la pièce.
Très attentif à son public, Hervé Devolder se délecte à le solliciter et à l’interroger sur ses péripéties. Pour donner corps à son rôle de valet, il n’hésite pas à décortiquer son personnage en analysant à voix haute ses propres ruses et stratagèmes. Parallèlement à ces petites connivences, il agrémente sa narration en citant Jouvet, en téléphonant à Molière ou en pestant après les aléas de son métier. Malgré sa belle assurance et son énorme travail d’adaptation, on regrette cependant que cette performance tende d’avantage vers le one man show que vers le théâtre. Derrière sa somptueuse veste de brocart et ses basquettes neuves, ce Scapin des temps modernes ne parvient pas à nous embobiner de ses tartufferies. On rit un temps de ses apartés mais l’entreprise manque de profondeur et elle finit par s’étioler au fil de l’heure. Mener les Fourberies en solo nécessite plus de substance – plus d’effets peut-être ? – car c’est une pièce gorgée d’entrain et de rebondissements. Dès lors, on conçoit qu’il soit difficile de combler seul les coups de battons, les quiproquos et les caricatures sociales…
Scapin ? Une fantaisie honorable aux allures inachevées.

Scapin
D’après les Fourberies de Scapin
Interprété et mis en scène par Hervé Devolder

Théâtre le Lucernaire
53, rue Notre Dame des Champs – Paris 6e

Jusqu’au 4 mai 2014
Du mardi au samedi à 20h – Le dimanche à 15h
Réservations: 0145445734

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