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La Genèse de Michel Onfray : un spectacle intimiste dans les entrailles du philosophe

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Par Florence Gopikian Yeremian – bscnews.fr/ « Je suis mort à l’âge de dix ans ». Telle une épitaphe, ce prologue funèbre annonce sans détour la genèse douloureuse de Michel Onfray.

Son récit débute à l’âge de l’enfance au sein d’un petit village virgilien de Normandie. Grandissant entre un père placide et une mère brutale qui le récuse, Michel Onfray se retrouve placé du jour au lendemain dans un orphelinat. Au sein de ce cloaque assassin, hanté de prêtres pédophiles, il va devoir apprendre à subsister parmi plus de six cent élèves abandonnés de tous. Durant quatre années de martyr, son nom sera intentionnellement réduit à un numéro afin d’annihiler graduellement toute parcelle de son humanité. Dans cette pension briseuse d’enfance, il ne doit sa survie qu’aux livres qui l’ont aidé à grandir et à ne plus pleurer. Face à la tutelle oppressante de ces bourreaux ecclésiastiques, l’enfant Onfray y a peu à peu façonné la fibre anarchiste qui le caractérise encore aujourd’hui.
Passant de la persécution de cet orphelinat au monde aliénant du travail, l’adolescent n’a fait qu’accroitre son désir d’indépendance et sa haine pour toute forme d’autorité. C’est avec aplomb qu’il ose rejeter les ordres de son contremaître d’usine et démissionner de son poste sous le regard envieux d’une foule d’ouvriers résignés à leur sort. Prenant ses distances avec ce quotidien stérile et gangréné, Michel Onfray s’est alors plongé à corps perdu dans la philosophie. Bien lui en a pris. À l’inverse de la scolastique contemporaine et de tous ses dogmes sclérosés qui nous sont professés encore aujourd’hui, il a développé une doctrine concrète et païenne essentiellement basée sur l’hédonisme. Au fil d’un travail quotidien et rigoureux, cet homme sans dieu ni maître est ainsi devenu l’une des plus importantes figures philosophiques du XXIe siècle. En toute modestie…
C’est ce singulier parcours de vie qu’a choisi de mettre en scène Patrick Simon. Présentée sous la forme d’un long monologue, cette compilation autobiographique nous emmène, mot après mot, à comprendre les éléments constitutifs de la pensée de Michel Onfray et de son actuelle identité. Interprétée avec force et conviction par le talentueux Thomas Cousseau, la narration prend corps sur une scène sombre et minimaliste. Le comédien vêtu de noir y évolue autour d’un parallélépipède suspendu qui se déforme et s’altère au rythme des expériences existentielles de son personnage. Tour à tour, isolé, prisonnier, encagé et enfin libre de ses choix, l’acteur dissèque les entrailles du philosophe pour en faire ressortir de multiples rancœurs mais aussi d’étonnants constats : ce bourbier infect dans lequel Michel Onfray a grandi n’a pas été que destructeur ! Ce sont ces douleurs et ces craintes qui lui ont servi de limon pour fertiliser la doctrine qu’il a fait sienne aujourd’hui. En véritable enfant de Nietzche, il a appliqué à lui-même le fameux précepte « Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort ». Voilà pourquoi les textes d’Onfray ne peuvent qu’être transcendants et constructifs : ils sont authentiques et écrits avec une encre existentielle qui emmène les lecteurs à envisager la philosophie comme un art de vivre et non plus comme un discours.
La pièce qui en découle est à la fois une leçon de vie tirée des ténèbres et une mise en lumière sur l’ascension de Michel Onfray. On aurait d’ailleurs aimé qu’il y joue son propre rôle, ne serait-ce que pour le plaisir d’entendre une fois de plus sa voix suave et si pondérée.

Changer constamment en lumière et en flamme
Auteur : Michel Onfray
Adaptation théâtrale : Dominique Paquet
Mise en scène : Patrick Simon
Avec Thomas Cousseau

Théâtre Artistic Athévains
45, rue Richard Lenoir – Paris 11e

Du 13 mars au 8 avril 2014
Mardi, vendredi à 19h
Mercredi, jeudi à 21h
Samedi 18h – Dimanche 17h
Réservations : 0143563932

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