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Duras et Miller : « l’incantatrice » et le sacripant

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Par Marc Emile Baronheid – bscnews.fr/ Quelle convergence entre Aragon et Duras ? Le premier écrivit « Je suis plein du silence assourdissant d’aimer ». S’il faut en croire Claude-Henry du Bord, la seconde est « maître de l’ellipse, des silences, des sous-entendus ».

Il sous-titre « de Pierre Abélard à Marguerite Duras », une anthologie d’extraits de textes amoureux, tous genres confondus, de l’amour courtois aux flambées érotiques qui font l’économie de l’incandescence friponne (horresco referens, chemin faisant on a excommunié Sollers). Une notice nécessaire et suffisante présente chaque auteur. Duras donc, avec un extrait de L’Amant de la Chine du Nord : « Ils ne se regardent pas. Puis elle supplie. Alors il se met en elle avec une douceur qu’elle ne connaît pas encore. Puis il reste là, immobile. Le désir les fait gémir. Elle ferme les yeux. Elle dit : prends-moi…/…/ Elle le lui demande encore. Il la prend. Elle se retourne, se blottit contre lui. Il l’enlace. Il dit qu’elle est son enfant, sa sœur, son amour. Ils ne se sourient pas. Il a éteint la lumière ».

« La littérature amoureuse, de Pierre Abélard à Marguerite Duras », Claude-Henry du Bord ; bibliographie, index. Eyrolles, 20 euros

Miller c’est autre chose. Une manière de croisée des chemins entre Duras et Bukowski. Bartillat, éditeur qui se tient sereinement à l‘écart des convulsions mercantiles, propose la version revue et corrigée en 1957 par Henry M., de son état du Monde du sexe signé en 1940, au retour d’un stimulant séjour en France lors duquel il a pu mesurer à quel point ses compatriotes sont ignorants « s’agissant de la vraie relation entre amour et sexualité ». Il est temps de remettre l’enfer au milieu du village. Miller s’y emploie avec malice, gaillardise et sagacité. A Paris, « rien ne vous empêchait d’emmener une douzaine de femmes dans une chambre d’hôtel, pourvu que vous ne fassiez pas tout un plat du supplément pour le savon et les serviettes ». A New-York il croise des légions d’infirmes émotionnels : « Dans le métro new-yorkais, je vois la nouvelle génération qui a surgi en mon absence, les jeunes arrivés à l’âge adulte et qui se reproduisent déjà/…/ Sur leur visage, on lit … la désespérance. Ils étaient damnés dès la naissance ». Miller passe allègrement de considérations sur la démarche de l’artiste ou la cohabitation possible, en lui et à son insu peut-être, du sexuel et du religieux à l’évocation d’étreintes flamboyantes. La fusion, toute de profondeur, du symbole, du mythe, de la métaphore et de la fulgurante cartographie d’une sexualité vertigineuse. Un parcours initiatique, la conversion de saint Arthur sur un chemin de Damas qui serpenterait par la rue Pigalle, la rue Fontaine et autres artères supposément sinistres de Paris, où s’offrent de nouvelles eaux baptismales.
Plusieurs fac-similés montrent l’ampleur des modifications apportées par Miller au texte de 1940. Le plaisir ne serait pas complet, sans l’ouverture de Charles Ficat, modèle d’analyse et d’intelligence. Aussi de concision, qualité si rare dans ce genre d’exercice où le premier exégète venu est surtout préoccupé de faire la roue…

« Le monde du sexe », Henry Miller; avant- propos de Charles Ficat, Bartillat, 18 euros

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