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Les Amours interdites : de Nevers à Hiroshima

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Par Florence Gopikian Yeremian – bscnews.fr/ Été 1957. Hiroshima. »Elle » est une actrice française venue tourner dans un film sur la paix. »Lui » est un japonais rencontré par hasard la veille de son départ pour Paris. L’espace d’une nuit, ces deux êtres vont s’étreindre et se reconstruire par delà toute notion de race, de classe ou d’éthique.

À l’inverse du film de Resnais, la pièce de Patrice Douchet a pris le parti de ne mettre en scène que l’héroïne. Seule face aux spectateurs durant plus d’une heure, l’excellente Dominique Journet va ressusciter les amours et les interrogations d’une femme tourmentée.
Assise à demi-nue sur une simple chaise, elle offre de prime abord une silhouette sensuelle et fragile. Avec ses iris verts et sa chevelure de feu, elle ressemble aux si séduisantes muses des toiles de Rossetti. Effleurant le sol de ses pieds blancs, Elle fait, pas à pas, ressurgir la chambre de ses ébats exotiques. Désir des corps, douceur dans la nuque, dans les reins. La voici avec son amant, discutant après l’amour. Par delà l’érotisme de cette étreinte fugace, un étrange paysage se dessine: Elle parle de la mort, de la souffrance. Il lui répond « Tu n’as rien vu ». Elle évoque la catastrophe nucléaire de 1945, les enfants blessés, les cendres. Il répond encore « Tu n’as rien vu ». Passant de la grande Histoire à celle de sa propre vie, Elle se livre et raconte enfin son premier amour avec un jeune allemand…durant l’Occupation.
L’amant japonais devient alors le confident d’un secret trop longtemps enfoui : celui d’une française de vingt ans tombée amoureuse d’un soldat allemand mort dans ses bras. C’était à Nevers avant la Libération. Sa famille, son village, personne ne lui a jamais pardonné d’avoir couché avec l’ennemi. On l’a tondue et enfermée dans une cave des jours durant… Voilà pourquoi, où qu’elle soit à présent, Elle peut comprendre la souffrance. Voilà pourquoi, quelle qu’en soit la cause, Elle peut si bien ressentir l’horreur d’une humiliation. Identifiant son traumatisme et sa honte à celui des gens d’Hiroshima, cette triste héroïne se projette dans son passé, incise sa douleur et parvient enfin à se réconcilier avec Elle-même!
Cette confession intime nous est livrée comme une longue traversée des sentiments, à la fois tumultueuse et dévastatrice. Le texte fleuve de Marguerite Duras s’écoule chaotiquement et nous submerge de mots, de maux et de pensées aussi complexes qu’existentielles. Même si l’on apprécie l’univers Durassien avec ses amours impossibles et ses mises en abîmes, ce monologue est pourtant trop étendu pour la scène théâtrale. Malgré les projections d’images et les ingénieux artifices sonores, le discours énumératif de la protagoniste nous fait songer à une lecture interminable et finit par devenir monotone, voire ennuyeux.
On salue cependant la très belle performance de Dominique Journet Ramel qui s’approprie son rôle avec une sensibilité passionnée. Tour à tour, vulnérable, violente, puis énigmatique, elle semble se métamorphoser au fil de son récit qu’elle déclame comme un poème éclaté. Une actrice à fleur de mots. D’une brillante délicatesse.
Les adeptes de Duras seront ravis. Les autres inévitablement troublés…

Variations sur Hiroshima mon amour
De Marguerite Duras
Production Théâtre de la Tête Noire
Mise en scène Patrice Douchet
Avec Dominique Journet Ramel

Au Théâtre du Lucernaire
53, rue Notre Dame des Champs – Paris 6e
Du 5 mars au 26 avril 2014
18h30 du mardi au samedi
Réservations : 0145445734

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