Confidences profanes au fil des vagues

par
Partagez l'article !

Par Florence Gopikian Yeremian – bscnews.fr/ Deux hommes d’âge mur embarquent sur un même paquebot. L’un se nomme Leandro Barbazzano, l’autre Roger Martin du Gard. Leur première rencontre a eu lieu dans un hôpital français au sein duquel Leandro a perdu un enfant de sa famille. A travers une longue traversée s’écoulant de l’Afrique à Marseille, il va faire le deuil de cet innocent et révéler un terrible secret à son compagnon de route…

Partagez l'article !

Le cadre du récit est simple : deux transats, quelques couvertures et une lumière lunaire. Isolés des autres passagers, les deux hommes ont pris place sur le pont du paquebot. Face au silence de la mer et à la bienveillance de Roger, Leandro se laisse peu à peu aller à la confidence: tout a commencé des années auparavant alors que Leandro et sa soeur Amalia vivaient à Tunis aux côtés de leur père. Les deux enfants faisaient chambre commune juste au-dessus de la librairie familiale. Soudés par les liens du sang, ils partageaient tendrement leur quotidien et leurs petits bonheurs. Jusqu’au soir où tout a basculé: au delà des lois et des commandements, la camaraderie entre frère et sœur a cédé la place au désir voluptueux et s’est terminée en étreinte charnelle. Contre toute attente, leur chaste chambre de jeux est alors devenue l’alcove secrète de leurs amours illicites! Cette passion incestueuse a duré ainsi près de quatre années! Quatre années de pur bonheur, d’amour physique autant que fraternel, de complémentarité évidente! Quatre années qui s’éternisèrent jusqu’à ce que leur père décide de marier Amalia et que les deux amants ne commettent l’irréparable!
C’est avec franchise et impudeur que Christian Crahay (Leandro) ose nous raconter ce passé idyllique. De sa lèvre charnue et voluptueuse, il décrit en détails son désir hérétique et sa liaison délicieuse avec Amalia. Peu à peu, cependant, la confidence insouciante et juvénile se transforme en une amère confession. Sa voix chaude comme une braise commence alors à se consumer pour laisser le feu de sa passion s’éteindre. Dans ce néant sentimental, son ardeur amoureuse cède alors la place au repentir: prenant le ciel à témoin, Leandro nous livre un mea culpa d’une justesse bouleversante.
Malgré toute sa portée profane, le texte de Roger Martin du Gard est d’une douloureuse beauté. Les deux comédiens se l’approprient si bien que le thème de l’inceste semble se purifier et perd étonnamment toute connotation tabou. À l’écoute de cette confession au fil des vagues, on se sent tour à tour voyeur, complice d’une entente fusionnelle puis censeur de ces amours blasphématoires. Mais sommes-nous réellement en droit de juger Leandro et sa sœur? Ne se sont-ils pas déjà puni eux même en perdant le fruit de cette consanguinité? Vous le découvrirez à la fin du voyage…

Confidences africaines
De Roger Martin du Gard
Mise en scène de Jean-Claude Berutti
Avec Christophe Crahay et Jean-Claude Berutti / Philippe Faure (en alternance)

Au Théâtre du Lucernaire
53, rue Notre Dame des Champs – Paris 6e
Jusqu’au 1er mars
Du mardi au samedi à 18h30
Réservation: 0145445734

A lire aussi:

Ionesco mis en scène par une compagnie normande avec un acteur british ! Absurde dites-vous? Pas du tout. Juste déjanté!

Des fleurs pour Algernon : le monologue époustouflant de Grégory Gadebois

J@lousie en trois mails : L’amour peut-il continuer à s’épanouir sans liberté ?

Le cercle des illusionnistes: Et si la vie se devait de nous surprendre?

La Compagnie du Matamore nous offre un quatuor racinien sobre et mélodique

Le rocher : une pièce sur l’identité personnelle, le respect de soi et de l’autre

Laissez votre commentaire

Il vous reste

0 article à lire

M'abonner à