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La Compagnie du Matamore nous offre un quatuor racinien sobre et mélodique

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Par Florence Gopikian Yeremian – bscnews.fr/ La salle est sombre comme dans un tombeau. Aucun décor apparent excepté quelques chaises et des chemins fatidiques dessinés à même le sol comme de longs tapis blancs. Quatre dignitaires entrent avec leurs confidents respectifs et prennent place sur cette scène épurée.

On reconnaît Oreste, fou de sa cousine Hermione. Hermione dont le cœur ne bat que pour le roi Pyrrhus. Pyrrhus, amoureux de sa belle captive Andromaque. Et, bien sûr, Andromaque, princesse troyenne fidèle à son défunt époux, affligée par l’emprisonnement de son fils Astyanax. Dans cette chaîne amoureuse à sens unique, chacun des personnages semble être déchiré entre ses passions et son triste devoir. Maudits par la fatalité, ils deviendront fous ou trouveront la mort les uns après les autres à l’exception d’Andromaque qui montera sur le trône d’Epire affublée de son second veuvage.
La mise en scène minimaliste de Serge Lipszyc offre un écrin éthéré à la densité du texte de Racine: grâce à l’absence de tout décorum, l’on s’attache immédiatement à la musicalité de cette langue classique et l’on se laisse délicieusement engourdir par ses alexandrins lancinants.
À bien y regarder, les acteurs déclament plus qu’ils ne jouent: faisant face au public en permanence, ils donnent l’impression d’être surpris, texte en main, lors d’une répétition. Hormis Andromaque qui évolue dans une robe de satin rouge vif, les autres interprètes sont d’une singulière discrétion: aucun atour antique, aucune parure royale, même la gestuelle de ces êtres ordinairement exaltés semble contenue tout au long de la pièce !
Tels des binômes ankylosés, ces quatre paires de maîtres et de serviteurs demeurent immobiles, les bras ballants et le regard impassible face à la fatalité qui s’abat progressivement sur leurs destinées. Leur détachement excessif confère un côté froid et stoïque à cette tragédie amoureuse. Racine s’amuse pourtant à y sonder la passion et la psychologie torturée de chacun de ses protagonistes: il y dépeint Hermione tiraillée entre la vengeance et les remords, Oreste craignant la mort autant qu’il la déclenche, Pyrrhus luttant contre son amour pour Andromaque et l’humiliation qu’il veut lui faire subir… quant à Andromaque, elle est l’illustration même de la mère suppliciée devant choisir entre le suicide et le sacrifice du mariage pour sauver la vie de son enfant!
La complexité de ces quatre âmes écartelées aurait pu être à l’origine d’un chaos spectaculaire misant sur une interprétation violente et carnassière! Il n’en est rien. La Compagnie du Matamore a préféré jouer la carte de l’épure et de la sobriété: un choix singulier pour un carré gagnant qui séduit autant par son talent narratif que par la résonnance qu’il confère au Verbe.

Andromaque de Jean Racine
Mise en scène : Serge Lipszyc
Avec la compagnie du Matamore: Sylvain Méallet, Serge Lipszyc, Valérie Durin, Nelly Morgenstern

Au Théâtre de l’Epée de Bois – La Cartoucherie
Route du champ de manœuvre – Paris 12e
Du 12 au 22 décembre 2013

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