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L’opéra bouffe du Petit Faust : une grande bouffée de fraîcheur et un Méphisto à se damner

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Par Florence Gopikian Yeremian – bscnews.fr/ Pour ceux qui hésitent entre un vaudeville et un opéra, l’œuvre du compositeur Hervé est un bon compromis. Alternance de chants populaires, de comédie et de lyrisme, son Petit Faust possède tous les éléments pour vous garantir une soirée légère et andante!

L’ouverture de la pièce a lieu dans une salle de classe en plein cours d’anatomie. Le vénérable docteur Faust et son squelette désarticulé tentent d’inculquer quelques savoirs à une troupe d’élèves peu scrupuleux: les bavardages fusent, les boules de papier également et personne ne s’intéresse vraiment aux sciences humaines… C’est à ce moment même que la belle Marguerite apparaît sur le pas de la porte: affriolante et lascive à l’excès, l’étudiante fait chavirer tous les mâles environnants. Le pauvre Faust, qui n’a jamais connu l’amour, perd toute contenance face à cette diablesse et n’a pour seul recourt que d’invoquer Méphisto. Vêtu de noir et coiffé d’un haut de forme à aigrettes rouge-sang, le Malin (ou plutôt la Maline…) apparaît instantanément et accepte de redonner la jeunesse à ce pauvre soupirant en échange de son âme… Amoureux naïf et innocent, Faust partira à la recherche de Marguerite, sa « petite fleur de candeur » mais découvrira l’authentique visage de cette fausse ingénue.

C’est une ambiance à la fois frivole et bon enfant qui se dégage de ces multiples tableaux musicaux. Les interprètes sont beaux, jeunes et fringants autant que l’orchestre qui les accompagne en faisant vibrer ses cuivres et ses vents tout au long des trois actes. Safir Behloul incarne un Faust des plus comiques qui passe sans problème du stade de vieillard dégarni à celui d’hippie végétatif perché sur des talons de 12 cm! A ses côtés, des couples d’amoureux se répondent en roucoulant, de fausses Marguerites apparaissent déguisées en flamencas, des coryphées chantent à tue-tête en sautant sur les tables et parmi ces messieurs, il y a même des galants qui s’embrochent au fleuret ! Dans cet univers drôle et lyrique, la palme revient cependant à Sandrine Buendia qui insuffle une noblesse pleine d’ambiguïté au personnage de Méphisto. À la fois radieuse et machiavélique, elle nous envoûte par sa beauté androgyne autant que par sa voix de soprane colorature. Le port altier et l’œil ténébreux, Mademoiselle Buendia fait honneur à ses origines hispaniques et enterre définitivement l’image poussiéreuse d’un Méphistophélès pestilentiel et cornu! Sa présence nous démontre que le monopole du chant lyrique n’est pas réservé aux divas de la Bastille! Il est grand temps d’acclamer d’autres talents et d’en profiter pour remettre l’opéra bouffe de Hervé à l’honneur! Offenbach a trop longtemps conservé le monopole de ce genre musical!

Nota bene: Saviez-vous que le théâtre Déjazet avait été ouvert en 1854 par le compositeur Hervé, lui-même ? A l’époque, ce lieu de spectacle se nommait les « Folies concertantes ». Il était donc tout à fait légitime que Le Petit Faust retrouve la scène de sa première création !

Le petit Faust

Opéra bouffe en trois actes de Hervé
Direction musicale: Julien Leroy
Mise en scène : Rémi Préhac
Direction du chant: Pierre Girod
Orchestre des Frivolités Parisiennes

Avec Céline Laly (Marguerite), Sandrine Buendia (Méphisto), Arnaud Marzorati (Valentin), Safir Behloul (Faust)…

– Au Théâtre Déjazet (41, boulevard du Temple – Paris 3ème (Réservations: 0148875255 )) / Du 17 au 26 janvier 2014

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