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Orphée et Eurydice: une simple histoire de jalousie ?

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Par Florence Gopikian Yérémian – bscnews.fr/ À mille lieux de la magie grecque d’Orphée et Eurydice, l’œuvre écrite par Anouilh en 1941 transpose entièrement le mythe antique à l’époque moderne. C’est cette approche dépouillée d’héroïsme et de merveilleux qu’a choisie Jean-Laurent Cochet dans l’adaptation de sa nouvelle pièce. Nulle trace de Cerbère endormi ou de voyage au fin fond des enfers mais plutôt une exploration de l’âme humaine et de ses exigences à travers les errances d’un jeune couple.

Il y a donc Orphée, violoniste à la dérive et Eurydice, comédienne au grand cœur. Telles deux âmes égarées, ils se rencontrent un après-midi, au hasard d’un quai de gare. Bien malgré lui, Orphée vit encore avec son vieux père, bougon et nostalgique. Musicien désillusionné aux idées trop funèbres, il reprend soudainement goût à la vie en voyant paraître Eurydice. Accompagnée de ses parents snobinards, la belle a de quoi charmer un mort: sa peau claire et ses lèvres douces s’emparent en un instant du cœur d’Orphée et ne tardent pas à le trainer dans une chambre d’hôtel coupée du monde et des réalités. Confinés dans leur petite bulle d’amour, ces amants d’un jour vont bientôt voir leurs rêves s’évaporer : découvrant qu’Eurydice est loin d’être l’ange de pureté qu’il imagine, Orphée commence à être rongé de jalousie. Ne voulant pas faire face au désamour de son amant, la dryade infidèle s’enfuit et trouve fatalement la mort sur son chemin…
Dans ce songe étrange (et parfois confus) Sam Richez incarne un Orphée d’allure enfantine. Doux et pondéré, il offre une proie facile à la séduisante comédienne Norah Lehembre qui s’approprie la figure d’Eurydice fort élégamment. Duo complémentaire, ils symbolisent avec justesse la race noble des héros juvéniles et malheureux, si chers à Jean Anouilh. Fort heureusement, la mise en scène laisse également la part belle à l’humour et l’allégresse : les répliques acides et impulsives de la mère d’Eurydice (Catherine Griffoni) sont un pur régal, quant aux discours candides du père d’Orphée – adorable Jean-Laurent Cochet -, ils confèrent à ce vieux grippe-sou un visage des plus sympathiques. Dans un tout autre genre, la noirceur cynique de Vincent Simon est aussi bien séduisante. Tel un oiseau de mauvais augure, cet envoyé satanique s’immisce sournoisement dans la vie des tourtereaux tout au long de la tragédie. Le sourire malveillant, l’œil luisant et la voix nasillarde, il prêche avec un cynisme digne des disciples d’Hadès.
L’approche contemporaine de cette œuvre est intéressante mais elle désacralise le mythe. La transposition de l’idylle dans une gare quelconque ou la mort d’Eurydice dans un car de Toulon lui retirent hélas toute trace de lyrisme. Fidèle aux « Pièces noires » » d’Anouilh, les protagonistes sont effectivement maudits et prisonniers de leur destin mais ils manquent de noblesse autant dans leurs actes que dans leur langage. On regrette cette banalisation injustifiée ainsi que la lenteur dans laquelle évolue l’histoire. On se console cependant en voyant dans cette pièce surréaliste, une illustration du besoin d’absolu et d’éternité qui continue d’animer les hommes à travers les siècles.

Eurydice de Jean Anouilh
Mise en scène de Jean-Laurent Cochet & Sam Richez
Avec Norah Lehembre, Sam Richez, Jean-Laurent Cochet, Catherine Griffoni, Vincent Simon…

Théâtre 14
20, avenue Marc Sangnier – Paris 14e
Métro : Porte de Vanves
Du 7 janvier au 22 février 2014 ; les mardi et vendredi à 20h30 , les mercredi et jeudi à 19h, le samedi à 16h et 20h30

Réservation : 0155454977

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