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Les Palmes de M. Schutz : une pièce savoureuse et pleine de radioactivité

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Par Florence Gopikian Yérémian – bscnews.fr/ Hiver 1895. Pierre Curie et Gustave Brémont sont professeurs à l’école de physique et chimie de Paris. Leur directeur, l’énorme et bedonnant Rodolphe Schutz, rêve de recevoir les palmes académiques seulement voilà : aucune invention géniale ne sort du cerveau de ses chercheurs…

Rageant de dépit, Schutz décide d’enquiquiner ses deux rats de laboratoire en les laissant de surcroît se geler le derrière : à défaut de leur offrir du charbon pour alimenter le poêlon de leur atelier, il leur impose une étudiante polonaise chargée de les surveiller dans leurs chancelantes explorations. Derrière son horrible accent et son aspect rustre de paysanne, il s’avère que cette Marie Sklodowska est bien plus futée qu’elle n’y parait. En deux temps trois mouvements, elle séduit le chaste Pierre Curie et transforme son antre monacal en une maison-labo pour couple de savants en fusion. Sous la houlette de Marie – devenue Curie – l’atelier se met à bouillonner : dans un coin mijote de la vodka que l’on fait passer pour un élevage de colibacilles, dans un autre stagne un landau de bébé bricolé avec des fragments de vélos et au centre de la pièce s’accumulent des sacs de pechblende que ces deux forçats amoureux vont concasser jusqu’à leur incroyable découverte du radium !
Face à un Pierre Curie (Benjamin Egner) maniaque et débordant de maladresse, on savoure le caractère emporté et stakhanoviste de son épouse. Constance Carrelet incarne, en effet, une Marie Curie des plus dynamiques : baragouinant un pseudo polonais, elle gigote ses alambiques aussi efficacement que son popotin et charme son sage confrère autant que le public. Dans cette folle quête au prix Nobel, on se laisse allégrement porter par l’ambiance sulfureuse de la pièce et par son humour teinté de Solidarnosc. Les bons mots fusent, les situations cocasses s’enchainent et les comédiens s’en donnent à cœur joie : on adore voir Pierre Curie à moitié ivre, Schutz vautré sous les sacs de Pechblende ou Gustave Brémont proposer une avalanche d’inventions triviales. La mise en scène est survoltée – voire radioactive! – et le décor de cet atelier de bois tout simplement splendide !
Les palmes de M. Schutz ? Une façon d’aborder la science en s’amusant : certes, la pièce se moque un brin de la gaucherie des génies scientifiques mais c’est avec une telle tendresse qu’on peut bien lui décerner le Prix Nobel de la comédie !

Les palmes de M. Schutz
De Jean Noël Fenwick
Mise en scène : Gérard Caillaud
Avec Guillaume Bouchède, Constance Carrelet, Michel Crémades, Benjamin Egner, Daniel Hanssens, Valérie Vogt

Théâtre Michel
38, rue des Mathurins – Paris 8e

Jusqu’au 14 janvier du mardi au samedi à 21h /Le samedi à 16h30 et le dimanche à 16h45 ET prolongations ensuite jusqu’à fin mars ( Du mardi au samedi à 21h / Le samedi à 15h30 – Le dimanche à 16h15)
Réservation: 0142653502

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