Aujourd’hui encore, Œdipe de Sophocle demeure le paradigme de la tragédie grecque

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Par Florence Gopikian Yérémian – bscnews.fr/ Œdipe-Roi est une tragédie intemporelle. Par delà les vingt-cinq siècles qui nous séparent de Sophocle, on aime encore écouter cette histoire douloureusement belle racontant le sombre destin d’un souverain incestueux et parricide. Même si l’univers des Dieux grecs est bien loin de nous, même si les héros épiques ne frôlent plus notre monde, ce récit continue de nous émouvoir et de nous transcender.

Afin de retourner en 425 avant Jésus-Christ – date de la seule et unique représentation publique d’Œdipe roi du vivant de Sophocle – Antoine Caubet n’a usé d’aucun artifice scénique. Il a axé sa mise en scène essentiellement sur les vers du grand poète : nulle trace de toge ou d’un quelconque costume antique. Nul décor à colonnades ou de pseudo-temple dionysien. Seul domine le texte et le chant que l’on savoure parfois en grec ancien comme une incantation divine.
L’intrigue est connue de tous : afin d’éradiquer l’épidémie de peste qui ravage sa ville, Œdipe, roi de Thèbes doit trouver la cause de cette malédiction. Avec l’assurance qui lui est propre, il se lance dans une longue quête qui va, pas à pas, le conduire vers un seul coupable : lui-même ! Doublement maudit par les Dieux de l’Olympe, Œdipe a, sans le savoir, tué son propre père et épousé sa mère! Réfutant cette évidence à chaque preuve qu’on lui présente, il finira par se crever les yeux qu’il a trop longtemps gardés fermés devant la terrible vérité. Sa mère-épouse se donnera la mort et laissera ce roi déchu errer sur les routes comme l’avait prédit l’oracle.
Avec ce texte de Sophocle, la tragédie grecque atteint remarquablement son apogée : puissance insondable des dieux, malédiction du héros, omniprésence de la mort, catharsis… tous les éléments sont là pour offrir au public une grêle de sang et un cataclysme d’émotions fortes. La pièce ne nous laisse d’ailleurs pas le temps de souffler car chaque épisode et intermède sont porteurs d’actions et d’indices que le spectateur recueille en même temps que l’infortuné Œdipe.
Selon le parti-pris du metteur en scène, la primauté est donnée au verbe et à l’interprétation. Pour cela, Antoine Caudet a choisi une troupe dynamique qui s’est investie pleinement dans sa création : Pierre Baux incarne un Œdipe à la voix porteuse et percutante. Malgré un phrasé trop sec en début de pièce (certainement pour souligner le hiératisme de sa fonction royale), il évolue magnifiquement vers un homme torturé par le doute et le malheur qui l’accablent. A ses côtés, la noble Clotilde Ramondou nous offre une Jocaste un brin trop réservée : le tourment d’une mère ayant épousé son propre fils devrait, effectivement, être plus vif pour sembler véridique. Parmi les autres comédiens, saluons la très belle prestation d’Eric Feldman qui interprète, à tour de rôles, le prêtre, Tirésias et le messager. Passant aisément du paysan béta au grand devin, il propose un jeu d’une finesse et d’une sensibilité à fleur de peau.
Vient enfin le chœur, élément indispensable de toute tragédie grecque classique. A défaut de voir défiler sur la scène une longue procession de chanteuses et danseuses, comme cela devait certainement être le cas du temps de Sophocle, Antoine Caubet nous propose un coryphée à deux voix des plus psychédéliques: faisant face aux spectateurs-citoyens que nous sommes, Cécile Cholet et Delphine Zucker apparaissent à chaque fin de stasimon pour porter la rumeur ou en appeler à la justice. Evoluant dans un forum imaginaire, ces deux prophétesses psalmodient en alternance, l’œil hagard et la voix énigmatique. Accompagnées de façon incisive par les coups d’archers d’un violoncelle invisible, elles geignent, se lamentent, déplorent le sort du pauvre Œdipe et closent la pièce en affirmant la toute puissance du destin. Que dire de plus ? A quand la mise en scène d’Antigone ?

Œdipe roi de Sophocle
Mise en scène d’Antoine Caubet
Avec Pierre Baux, Antoine Caubet, Cécile Cholet, Eric Feldman, Clotilde Ramondou, Delphine Zucker


Au Théâtre de l’Aquarium, 
La Cartoucherie – Route du Champ de Manœuvre – Paris 12e.

Jusqu’au 15 décembre 2013
Du mardi au samedi à 20h30 – Le dimanche à 16h 
Résa : 0143749961


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