Miss Parker a le vin triste

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Par Florence Gopikian Yérémian – bscnews.fr/ Un bar, un soir. Ambiance feutrée dans les années 30. Un pianiste pianote et ELLE apparaît.

La coiffe austère et le nez coincé entre ses lunettes, Dorothy Parker papote accoudée au comptoir. Un verre de scotch, puis deux : elle est éméchée et sa verve s’active. Trois verres de scotch, puis quatre : la voici grise, le chignon relâché. Cinq verres de scotch puis une infinité : Dorothy perd pied et sombre dans la mélancolie.Face à un piano jazzy qui dialogue avec elle, la poétesse désabusée peste contre tout : les femmes au foyer l’irritent, les miss-je-sais-tout l’agacent, elle n’aime pas les monsieur-muscles et se moque des âmes sensibles. De sa prose assassine, elle descend férocement la société qui l’entoure avant de prendre place à table parmi deux inconnus. Entre un voisin de gauche qui lui tourne le dos et un second de droite qui lui parle de légumineuses, elle s’ennuie à mourir, regrette d’être venue et finit par se saouler au Chablis. Acceptant contre sa volonté de danser une valse, elle disjoncte soudain et commence à se remettre en question : la platitude de sa vie, sa solitude, sa lâcheté, ses faiblesses, tout y passe avec cynisme et amertume. Résolument corrosive, elle achève sa soirée en criant également sa haine contre le théâtre : aberrante complainte qui traduit parfaitement le mal-être de cette femme lorsque l’on sait que Miss Parker fut l’une des plus fameuses critiques théâtrales du New Yorker ! Malgré l’aspect dépareillé de la pièce, on salue la performance de Mélodie Etxeandia qui offre à son public un monologue caustique et désillusionné. Cette actrice a du cran, de la gouaille et une endurance scénique impressionnante. On aimerait la découvrir à travers d’autres registres. On apprécierait également qu’en tant que metteur en scène de « Qui m’aime me nuise », elle n’insiste pas autant sur l’alcoolisme – certes avéré – de Dorothy Parker : ce parti pris est un brin trop réducteur…

Qui m’aime me nuise

Textes de Dorothy Parker
Interprétés et mis en scène par Mélodie Etxeandia
Accompagnée au piano par Antoine Karacostas

Théâtre de Nesle
8, rue de Nesle
75006 Paris

Du 17 mai au 10 juin 2013
Le lundi et le vendredi à 19h
Le dimanche à 17h

Résa : 01 46 34 61 04

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