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Chaïm Soutine : une série de portraits virtuoses

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Par Albine Dufouleur – bscnews.fr/ Le collectionneur Paul Guillaume ouvre une porte de l’univers tourmenté du peintre russe Chaïm Soutine au musée de l’Orangerie où plus d’une vingtaine de ses œuvres sont exposées. Né en 1893 dans la province de Minsk, au sein de la communauté juive, Soutine devient le protégé de Modigliani qu’il rencontre à Paris en 1920.

Paul Guillaume puis Madeleine et Marcellin Castaing financeront ses œuvres, lui permettant une exposition à Chicago en 1935. Natures mortes, paysages, portraits et séries, Soutine balaie durant la première moitié du XXème siècle les grands genres traditionnels de la peinture tout en les régénérant d’une manière inédite. Passionné par les maîtres anciens qu’il découvre lors de son séjour à Paris, il ne manque pas de reproduire une série du « Bœuf écorché » de Rembrandt entre 1925 et 1927 ou encore de s’inspirer de « la Raie » de Chardin pour tirer une reproduction aux couleurs éclatantes de cette nature-morte en 1923.Son séjour dans le Midi en France, de 1919 à 1922, à Cagnes et à Céret, lui permet de découvrir l’usage des couleurs chaudes et parfois criardes qu’il utilisera pour peindre ses paysages et ses figures mélancoliques. L’heure n’est plus à la copie d’une réalité plaquée et fade. L’auteur se veut plus direct pour appréhender et rendre compte de son environnement : naissent ainsi des paysages tourmentés, bouillonnants et forts qui traduisent la vivacité d’une nature sauvage. Sa « Vue sur Céret », créée en 1922, en témoigne. Les arbres peints par bouquets, la distorsion des routes en lacets, l’effet du vent dans les feuillages, la perspective biaisée par le regard subjectif du peintre, laissent au visiteur un arrière-goût d’angoisse et suggèrent une certaine violence par les formes qui s’enchevêtrent. L’épaisseur de la pâte, le travail des couleurs et la distorsion du paysage traduisent ainsi cette volonté de rendre compte d’un paysage avant tout intérieur. L’élaboration des différentes séries comme celle des « Glaïeuls » vers 1929 illustre également ce désir de libérer le motif tout en le contrôlant habilement, de le rendre vivant pour en atteindre l’essence. Les fleurs sont présentes, devant vos yeux, enfermées dans le tableau mais deviennent presque palpables tant la couleur rouge éclatante bondit hors du cadre. Les personnages, quant à eux, sont souvent noyés dans un paysage tourbillonnant, sorte d’acrobates anonymes, emportés par le mouvement infernal de la nature comme « retour de l’école après l’orage » de 1939.
La série des portraits signe la virtuosité inégalée de Soutine. Leurs traits sont difformes, leurs oreilles proéminentes, leur épaules robustes, leurs physiques souvent ingrats. Et pourtant, leur caractère, leur personnalité et leurs psychologies se dévoilent instantanément. Malgré leurs silhouettes massives, leur aspect caricatural à première vue et le vif contraste des couleurs, l’essentiel apparaît. L’ordre du chaos de la matière est né. La rudesse des traits va de pair avec l’empathie du spectateur. Soutine ne peint plus des séries. Il n’atteint pas son but, il le dépasse en créant non plus une représentation d’un personnage, mais bien un individu unique et vivant.

Exposition: CHAIM SOUTINE (1893 – 1943)
L’ordre du chaos
Au Musée de l’Orangerie
Du 3 Octobre 2012 – 21 Janvier 2013


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