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Montpellier: Manuel grinçant de Savoir-Vivre au Printemps des Comédiens 2011

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Par Julie Cadilhac-bscnews.fr/ Nul ne le contestera: le domaine d’Ô est superbe et on y flâne à plaisir. En sollicitant Richard Mitou pour un spectacle de théâtre déambulatoire, Jean Varela, directeur du Printemps des Comédiens – dont nous saluons au passage la formidable première saison qu’il a offert à ce prestigieux festival – a eu une idée pertinente et qui a ravi les centaines de spectateurs qui ont eu la chance de pouvoir assister aux Règles du Savoir-Vivre dans la société moderne. Chance, en effet, car le succès de cette pièce a bénéficié d’un bouche à oreille impressionnant qui, même en augmentant la jauge des spectateurs pour chaque représentation, a laissé de nombreux déçus qui s’y sont pris trop tard. Pas d’exception à la règle, ce succès s’explique par le mariage parfait des règles de l’art et de la fantaisie. Richard Mitou avait déjà monté ce monologue de Jean-Luc Lagarce, notamment en 2001 pour le Festival de Mèze. Ce spectacle où la vie palpite est donc le fruit nouveau d’une réflexion de longue date et l’on devine derrière l’aisance de cette mise en scène fluide et harmonieuse qu’elle n’est que la consécration méritée de l’expérience. Le texte de Lagarce, aussi truculent qu’abordable tellement le consensuel est sous les feux de la rampe, relève d’une fausse légèreté délicieuse. Cet auteur contemporain, au verbe attrayant et délicieusement cynique, propose une leçon de vie où l’ironie perce à chaque coin de phrase. Ces règles si désuètes qu’on nous donne à entendre sont encore pour la plupart si bien appliquées et ancrées dans nos cervelles formatées par des siècles de bourrage de crâne sur les convenances que l’on s’amuse follement à s’entendre moquer et que l’on réalise tout en sourires l’absurdité des conventions transmises par la Famille et la Société dont elle est le singe. C’est une écriture au souffle singulier: les phrases procèdent par tâtonnement, semblent hésiter à dire et procèdent souvent par suppositions macabres désopilantes pour nous livrer, au final, un miroir cinglant de nous-mêmes. Voilà un texte qui nous rappelle par la mise en abîme délibérément choisie dans la mise en scène cette réplique du grand William Shakespeare: « Je tiens ce monde pour ce qu’il est: un théâtre où chacun doit jouer son rôle« . En effet, qui sommes-nous ce soir-là sinon des acteurs engagés dans une représentation dont nous ne maîtrisons pas les ficelles et l’intrigue? On applaudit ensuite cette adaptation du monologue car Richard Mitou, en choisissant de diviser la parole entre trois interprètes féminines, fait naître trois voix aux personnalités divergentes et souligne davantage les subtilités du propos. Frédérique Dufour, Elodie Buisson et Eléonore Bally, dans leurs robes de bal blanches, sont les Parques bienveillantes du destin bien commun des hommes. Trois comédiennes talentueuses qui se prêtent avec un sérieux déraisonnable à cette balade au coeur de la vie. Et puis, on aime aussi les rôles secondaires qui ravissent tout autant par leurs capacités à tromper le spectateur tant ils sont troublants de gêne ou de bêtise muette (mais nous n’en dirons pas plus pour ne pas jouer le rôle de l’insupportable gâcheur de surprises). Contentons-nous d’expliquer que, sur le mode de la conférence, les spectateurs sont invités à écouter les bons conseils à adopter lors de la naissance d’un enfant, lors deRichard Mitou ses fiançailles, de son mariage et de ses funérailles et qu’ils sont, sans le savoir, partis pour une aventure théâtrale mémorable tissée sur un fond musical où choeur, accordéon et piano accompagnent les mouvements des émotions. Cette pièce révèle toute la beauté des jardins du Château d’Ô . C’est magique. Le parc s’anime de figurants d’un autre siècle qui se promènent, pique-niquent, s’aiment. Spectres charmants dignes des rêveries d’un promeneur solitaire qui ne seront pas sans rappeler le concept du dernier film de Woody Allen, Midnight in Paris. Ainsi lorsque pieds ceints d’eau claire dans le bassin central, les trois institutrices conférencières nous enseignent, accompagnées de clowns jardiniers et d’un adorable couple improvisé, les rudiments indispensables à une rencontre en bonne et due forme, le spectateur est enivré de belles images, un peu frustré même par leur profusion et son incapacité à les embrasser toutes. Mobilité, Interactivité, Humour, Emotion font de ce spectacle un moment privilégié où le spectateur devient témoin et acteur à la fois. Un théâtre de partage donc qui laisse derrière soi l’appétit charmant des songes des nuits d’été. « Le monde entier est un théâtre.. Et tous, hommes et femmes, n’en sont que les acteurs.Et notre vie durant, nous jouons plusieurs rôles ». ( William Shakespeare) Crédit-Photo: Marie Clauzade

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