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Théâtre des 13 vents: un Platonov aussi hâbleur que brillant

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Par Julie CadilhacBscnews.fr/ Certes….la pièce du dramaturge russe Anton Pavlovitch Tchekhov peut décourager certains par sa longueur. Pourtant les 3h50 ( avec entracte!) proposés par Nicolas Oton ne laissent pas de place pour la lassitude ou l’ennui. Optant pour une mise en scène relativement classique, le spectateur est très vite happé par la peinture de cette jeunesse désorientée et désoeuvrée qui malmène les anciens autant par provocation calculée qu’inconsciemment. L’auteur, mort à l’âge de 44 ans, illustre avec une violente vérité celle d’un âge maudit où l’on se cherche, où l’on doit grandir, où l’on se déchire par amour et c’est le portrait de jeunes déjà vieux, brisés par les compromis mesquins et les désillusions qui déambulent en villégiature dans une maison de campagne: retrouvailles amicales et familiales où la convivialité a oublié de s’inviter. Platonov est un portrait virulent de l’Echec même si la plume de Tchekhov ne manque pourtant pas de tendresse pour ses protagonistes. Servie par la troupe « Machine Théâtre » qui « met le jeu au centre de ses préoccupations », le spectateur sort ravi d’une représentation où la mise en scène est au service du texte et non pas de l’émergence d’une symbolique fumeuse, trop souvent prisée par les mises en scène contemporaines. Le sens envahit le plateau et l’on vit avec des grincements de dents l’humour acide qui s’insinue dans les relations entre les personnages. On saluera l’interprétation brillante de Platonov par Frédéric Borie qui, avec une énergie fulgurante, investit le rôle de Mikhaïl Vassilievitch Platonov, instituteur à la campagne, dont l’apparente bonhommie cache un cynisme épouvantable et un caractère manipulateur qui entraîneront à leur perte tous ses proches amis. Mari volage, amant inconstant, ami infidèle, fils maudissant son défunt père, Frédéric Borie joue à la perfection cet être issu d »une noblesse déchue qui reproche aux autres ce que lui a refusé le destin. Face à des compagnons fortunés qui vivent des rentes de leurs pères ou de leur défunt conjoint, il se veut la figure héroïque et exemplaire du travailleur mais n’est pas meilleur que les autres… et de sa déchéance jusqu’à sa mort programmée, Frédéric Borie exprime la souffrance physique et l’ivresse maladive avec une justesse époustouflante. Mathieu Zabé incarne un Sergueï touchant, Céline Massol est une Anna Petrovna captivante et sa représentation d’une femme de tête « fragile » au gré des caprices de Platonov sont à saluer. Lise Boucon est tordante en jeune idiote éprise de Platonov et ses mines énamourées ajoutées aux démonstrations de charme de Frédéric Borie donnent à leurs deux scènes des airs de Dom Juan de Molière fricotant avec ses paysannes. A voir! Platonov Auteur: Anton Tchekhov Mise en scène: Nicolas Oton Du 20 au 28 janvier 2011 au Théâtre des 13 vents, Montpellier. Le 8 et 9 novembre 2011 à Sortie Ouest, Béziers. Le 20 janvier 2012 à 20hà l’ACB/ Scène Nationale de Bar-le-Duc Le 16 mai 2012 au Chai du Terral ( Saint-Jean de Védas, 34)

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