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May B : un chef d’oeuvre absurde

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Par Julie CadilhacBscnews.fr/ La scène nationale de Sète et du bassin de Thau recevait ce vendredi 21 janvier la chorégraphe Maguy Marin pour son magnifique spectacle, May B, créé en 1981 et qui parcourt toujours les scènes du monde entier. Le centre chorégraphique national de Rillieux-la-Pape et ses dix talentueux interprètes ont littéralement hypnotisé le Théâtre Molière durant 1h30. Danse, théâtre, pantomime… difficile de définir avec exactitude le ballet étonnant surpiqué de bruits stomacaux, grommelots et autres formes d’expression privées de mots qu’offrent dix personnages aux masques crayeux.

Dix êtres dont les déambulations et gesticulations génèrent une série de tableaux universels sur l’humanité. Le spectateur suit le destin tragique d’une troupe névrotique qui s’individualise au fur et à mesure, se déchire, s’aime, se retrouve avec une énergie constamment renouvelée. Aussi suspendu aux lèvres de ce récit sans mot ( ou presque!), on étreint leurs émotions, on rit de leurs excès et on ressent tout avec une force décuplée. Le corps fait sens à chaque seconde, la répétition inquiète autant qu’elle rassure et entre fantaisie et absurde se tissent des pistes de lecture innombrables où chacun peut y voir ce qu’il y souhaite et c’est peut-être ce qui explique la longévité de ce spectacle époustouflant.

Inspiré par l’oeuvre de Beckett, ce chef d’oeuvre poétique donne à l’absurde toute sa mesure et tout son sens. Si les personnages ont perdu la communication orale, si leurs phrases ne se lisent que sur leurs lèvres, ils bougent, vivent, se débattent dans une étourdissante valse de gestes répétitifs. Au creux de leurs similitudes humaines, on devine cependant des individualités qui s’expriment, des aspirations différentes qui balbutient, des goûts qui différent, des silhouettes qui se détachent et c’est toute la condition humaine qui se déplace sur le plateau maculé de poussière blanche.

En vrac – et parce qu’un spectacle brillant laisse toujours une part d’admiration indicible- , on n’oubliera pas d’applaudir: la scène d’anniversaire où apparaissent le couple effrayant d’En Attendant Godot, Pozzo et Lucky l’homme en laisse, ou encore Hamm et ses acolytes de Fin de Partie. Le chant y devient un défouloir d’une beauté inquiétante. Le déplacement vacillant des personnages en tenue de voyage est également un moment magique pour le regard qui tangue avec ce convoi d’êtres en quête d’un ailleurs… et enfin, pour clôturer un spectacle saisissant qui laissera à coup sûr une trace indélébile sur tous les spectateurs, l’image d’un Clov esseulé, portant sa valise comme s’il allait partir, et qui nous annonce sans bouger que c’est fini, que ça va finir, que ça va peut-être finir, achève superbement cette course à la vie.

Beckett faisait répéter à Clov « quelque chose suit son cours« : ce spectacle en est une démonstration tangible. Si l’absurdité du monde nous y est contée avec brio, il y a au moins une chose qui, ce soir-là, n’aura pas été absurde, c’est notre décision d’assister à May B.

Titre: May B

Chorégraphie: Maguy Marin

Musiques originales: Franz Schubert, Gilles de Binche, Gavin Bryars

Costumes: Louise Marin

Interprètes: Ulises Alvarez, Romain Bertet, Teresa Cunha, Françoise Leick, Marie Papon, Matthieu Perpoint, Grégory Robardet, Ennio Sammarco, Agustina Sario, Vania Vaneau

Crédit Photo : Claude Brickage

Dates de représentation:

Le 21 janvier 2011 à la Scène Nationale de Sète et du bassin de Thau

Le 30 juin 2013 au 33 ème Festival Montpellier Danse ( Montpellier)

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