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Montpellier: une Chaise inconfortable

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Par Julie CadilhacPUTSCH.MEDIA/ Provoquer, c’est bien. Insister, c’est trop. La Chaise est une pièce dérangeante, soit…délibérément provocatrice, utilisant outrageusement un vocabulaire sexuel grossier et déclinant à l’envi toutes les joies de la sodomie, éjaculation à pleine gorge et autres plaisirs gastrosexuels…mettons. Voilà déjà qui ne manque pas de réveiller le public et d’instaurer une familiarité entre les comédiens et les spectateurs qui, soit dit entre nous, n’ont pas eu leur mot à dire…..

La Chaise déballe l’intime, le torture, le triture, amène sur scène un personnage dépressif qui ne supporte l’enfermement mental que lui inflige son petit boulot dans un musée.L’entrée en matière, légère et musicale, promet pourtant une pièce délicieusement sensible. Le lieu principal de l’intrigue, un musée, fait pressentir quelques scènes cocasses quand on imagine ce que voient défiler au quotidien les gardiens de musée. Or non…rien de tout cela n’arrive. Peu de légereté sinon libertine et un humour souvent élitiste ou orienté politiquement. Alors, évidemment, on peut se réjouir de l’énorme effet de surprise….sauf qu’il fait l’effet d’une douche ultra glacée.

Florian Parra nous montre ce que l’on ne veut pas voir, ce que l’on préfère sans doute garder dans l’intimité. Assurément son personnage Philippe utilise le sexe comme un exutoire…et l’on perçoit bien que Philippe est perturbé et se masturbe beaucoup trop l’esprit pour être serein. On décèle sa fragilité et son envie d’être aimé par ses proches, par les hommes etc… Pourtant cette accumulation de monologues tournés sur la sexualité est lassante.

La Chaise est un théâtre qui semble avoir pour dessein de réveiller l’autre, de faire de la prévention contre un fléau contemporain: le sida. Ce sont des enjeux louables mais qui n’aboutissent pas par excès de zèle et de bravade. L’hétérosexuel finit par se sentir exclu du débat et peu concerné tellement le portrait du personnage est caricatural. Tous les gays sont-ils aussi violents dans leurs rapports humains et leurs rapports à soi? Tous les gays se droguent-ils, se déhanchent-ils dans les boîtes electro et finissent à 3 dans les backrooms? Ne doit-on les réduire qu’à des préoccupations nocturnes délirantes et des obsédés phalliques? Assurément, le spectateur devine qu’une crise identitaire se joue sur scène mais son personnage principal ne tend que très peu de ponts pour que l’on se raccroche à ses souffrances, que l’on s’identifie à ses douleurs…Alors, parfois, oui, la magie s’installe mais très vite, tout s’écroule…comme si, volontairement, la démarche tendait vers l’auto-destruction…un réflexe masochiste… comme si Philippe nous disait  » Voyez, regardez comme je suis détestable; ne m’aimez pas trop! ».

L’objectif est simplement de faire le portrait d’un être humain? N’insiste-t-on pas trop alors sur ses travers pour être dans le juste? Florian Parra voulait-il illustrer cette phrase revendicatrice de Rousseau : « Qu’on me montre un homme meilleur que moi! »?

Ce théâtre qui cherche à partager est en échec car il s’imagine donner de lui en s’exposant. Mais s’exhiber n’est pas donner, c’est tout le contraire, c’est juste s’imposer et ne laisser de place qu’à soi : une attitude totalement nombriliste et peu pourvu d’intérêt. Quand l’on donne, on s’efface un peu, on laisse à l’autre la possibilité d’exister. Or là le monde du spectateur n’existe plus, il est avalé par celui du personnage…et c’est dommage car, oui, Florian Parra ne semble pas manquer de la sensibilité nécessaire pour créer La chaise ...un spectacle qui secoue l’estomac et le coeur. Or si l’estomac est souvent cogné par la violence du propos, le coeur, lui, reste de marbre face à un Philippe antipathique par ses fantasmes qui vont crescendo dans l’indécent et l’impensable.

Aujourd’hui, on trouve intéressant de tout montrer, d’outrepasser les règles de la bienséance, au théâtre, sur son blog, auprès de ses amis. Admettons que ce soit un progrès…mais c’est le sens des idées que l’on transgresse et les idées sont-elles flexibles à l’envi? L’intimité est par définition  » le sentiment d’association personnelle avec autrui. Elle se rapporte à une connexion familière et affectivement très étroite avec d’autres en résultat à un certain nombre d’expériences communes. » Comment peut-on partager une intimité avec de parfaits inconnus? Voilà une expérience totalement paradoxale et qui court le risque de se casser les dents.

Se mettre à nu est un acte téméraire alors dans La Chaise ,nous applaudirons quand même la démarche culottée de la pièce. Certes, la mise en scène de Mélanie Leray , l’utilisation des lumières, de la vidéo ( un bravo d’ailleurs à la scène entêtante au musée où les deux carrés lumineux affichent les têtes de deux mégères qui conseillent le protagoniste et le font devenir chèvre à force de rires éclairés au xanax) ne manquent pas d’originalité et de pétillant…Certes, la prestation des trois comédiens est juste et Pierre Maillet assure une performance scénique avec beaucoup d’énergie et de talent…Pourtant, on aurait aimé que l’ensemble soit moins décousu, que l’émotion monte et se dissolve pas dans les effluves mauséabonds d’une backroom empestant les baskets transpirantes…bref, oui, oui, on insiste et un peu lourdement mais…un peu de poésie aurait pu faire digérer davantage la brutalité des réalités exposées….

Titre: La Chaise

Auteur: Florian Parra

Mise en scène: Mélanie Leray

Comédiens: Pierre Maillet, Vincent Voisin, Florian Parra.

Du 3 ou 6 novembre 2010 au Théâtre de Grammont, Montpellier.

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