Réforme des retraites : Réformer pour ne pas réformer le travail

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Tribune d’Henri Feng, Docteur en histoire de la philosophie

 

19 janvier 2023 : un million de personnes contre la dernière réforme des retraites, qui plus est dans le contexte d’une inflation galopante. Près de 70% de Français (selon les instituts de sondage) contre ce projet du Président Macron, libre de passer à la vitesse supérieure en matière de casse sociale. Après la crise sanitaire qui avait gelé l’élan de l’agent provocateur, de son désir de garder la main sur les baby-boomers, les désormais papy-boomers qui étaient en danger face au Covid-19. Les protéger à tout prix, gonfler les statistiques et mettre la poussière sous le tapis. À présent, faire en sorte que la rente de ces messieurs-dames perdure. Puis faire croire qu’on compte sauver le régime des retraites par répartition. En effet, après la réforme de 2010, celle du Président Sarkozy, qui avait repoussé l’âge de départ à 62 ans, il serait indispensable d’aller au-delà : repousser encore la ligne d’arrivée du marathon salarial, sous les conseils des mêmes mandarins. Surtout, sous les ordres de Bruxelles, Berlin, Davos… « L’État, c’est le plus froid des monstres froids. Il est froid même quand il ment ; et voici le mensonge qui s’échappe de sa bouche : ʺMoi, l’État, je suis le peupleʺ » (Nietzsche).

 

« Après la crise sanitaire qui avait gelé l’élan de l’agent provocateur, de son désir de garder la main sur les baby-boomers, les désormais papy-boomers qui étaient en danger face au Covid-19. Les protéger à tout prix, gonfler les statistiques et mettre la poussière sous le tapis »

 

Aujourd’hui, 64 ans, mais demain ? En réalité, face au vieillissement de la population française, et du reste, de l’immense majorité des sociétés démocratiques et libérales, rien ne peut arrêter le rouleau compresseur de l’arithmétique. Donc, le « cercle de la raison » a tous les arguments face au travailleur moyen : si les retraités ne doivent plus cotiser, tous les autres, notamment les actifs exponentiellement précaires, doivent mettre encore plus d’argent dans le pot. Seulement, il s’agira d’un coup de trop, d’un coup pour rien, car la Macronie joue déjà la prochaine partie : l’imposition du régime des retraites par capitalisation. C’est ce qui était envisagé par le locataire de l’Élysée en décembre 2019. En attendant, celui qui a étudié longtemps, qui a commencé à travailler tard, se voit vieillir mal, rester pauvre, ou tomber malade. Certes, la France se japonise, mais devons-nous osciller perpétuellement entre chômage et contrats courts, souvent dans plusieurs domaines à la fois, jusqu’à 75 ans à terme ? Est-ce donc la vie augmentée pour les uns et la vie raccourcie, si ce n’est détruite, pour les autres ?

 

« Aujourd’hui, 64 ans, mais demain ? En réalité, face au vieillissement de la population française, et du reste, de l’immense majorité des sociétés démocratiques et libérales, rien ne peut arrêter le rouleau compresseur de l’arithmétique »

 

Emmanuel Le sophiste sait que c’est le travail qu’il faut réformer en profondeur, certainement pas les retraites. L’enjeu n’est plus économique, mais éminemment anthropologique. Puisque, maintenant, tout travaille ne travaille plus à faire un homme en même temps qu’une chose. Contre le personnalisme de Mounier, ce n’est plus l’homme qui compte, mais bien la chose, voire la chose désubstantialisée, la data. Ainsi, l’homo-œconomicus semble avoir de beaux jours devant lui, dans la mesure où, contrairement à ce que pensent beaucoup d’intellectuels français pétris de robespierrisme et de rousseauisme, l’égalité ne peut plus être la condition de possibilité de la liberté, là où la finance détermine tous les rapports de force. La liberté ne se contente plus de menacer l’égalité, mais l’annihile intégralement. D’ailleurs, la dernière pandémie nous a rappelé que nos cités ne sont animées que par l’égoïsme, principe pourtant fondateur en anthropologie. Tel est le règne de la libre concurrence. Tous sur une piste d’athlétisme. Nomades contre nomades. Télétravailleurs à la campagne au mieux, esclaves à vélo au pire.

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